Pour Hervais Omva, le Gabon et la Zambie portent une responsabilité commune, celle de transformer « l’attachement de nos peuples au dialogue entre États africains, à la coopération Sud-Sud et au renforcement des mécanismes de stabilité continentale » en « actions concrètes, visibles et mesurables ». Une manière de souligner le fossé persistant entre les ambitions panafricaines affichées et la faiblesse des partenariats économiques réellement structurés sur le continent.
L’analyse développée par le coordonnateur de l’IDRC Africa repose d’abord sur la question des ressources stratégiques. Selon lui, Libreville et Lusaka disposent d’une complémentarité naturelle dans l’exploitation minière, notamment autour du manganèse, du cuivre, du cobalt et des minerais critiques. Dans un contexte de recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, Hervais Omva estime que les deux pays auraient intérêt à construire une approche commune fondée sur la transformation locale et la souveraineté industrielle. L’objectif, insiste-t-il, est de « créer de la valeur ajoutée sur le continent » et de réduire « notre dépendance aux chaînes de valeur externes ».
Au-delà des mines, l’homme d’affaires place également l’agro-industrie au cœur de ce partenariat potentiel. Face à la dépendance alimentaire qui fragilise encore plusieurs économies africaines, il plaide pour une alliance pragmatique entre l’expertise agricole zambienne et le potentiel foncier gabonais. Selon lui, une telle coopération pourrait devenir un levier de sécurité alimentaire mais aussi un moteur de création d’emplois pour la jeunesse, à travers le développement de filières intégrées d’élevage et de transformation agroalimentaire.
Le plaidoyer s’étend également aux secteurs de l’innovation, de la recherche appliquée et du tourisme. Hervais Omva considère que la Zambie dispose d’avantages compétitifs dans l’enseignement supérieur susceptibles d’être adaptés au contexte gabonais afin de faire du Gabon un hub régional de transfert de compétences pour la zone Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Dans la même logique, il évoque la possibilité d’une offre touristique conjointe capable de positionner l’Afrique centrale et australe sur le marché de l’écotourisme.
En filigrane, cette prise de parole traduit surtout une impatience face au rythme des coopérations africaines. « L’heure est à l’action concertée », prévient Hervais Omva, convaincu que la formalisation d’un cadre bilatéral entre Libreville et Lusaka enverrait « un signal fort », celui « d’une Afrique qui dialogue, qui coopère et qui construit sa stabilité par la prospérité partagée ». Pour le responsable de l’IDRC Africa, l’enjeu dépasse désormais le simple symbole diplomatique : il touche à « l’intérêt supérieur de nos deux nations » et à la crédibilité même de la coopération Sud-Sud.






