Une réorganisation pensée depuis sa résidence surveillée de la Sablière, à Libreville, mais qui aurait été torpillée par les nouvelles autorités militaires dirigées par Brice Clotaire Oligui Nguema. Derrière cette bataille de succession avortée se dessinent les fractures internes d’un parti historique désormais déchiré entre fidélité à l’ancien chef de l’État, logique de survie politique et recomposition post-Bongo.
Le 7 mars 2024, plusieurs cadres du PDG obtiennent l’autorisation de se rendre à la résidence de la Sablière pour rencontrer Ali Bongo. Officiellement, il s’agit de prendre des nouvelles de l’ancien chef de l’État, isolé depuis le putsch d’août 2023. Dans les faits, selon les informations rapportées par Jeune Afrique, cette rencontre sert surtout de cadre à une tentative de reprise en main du parti fondé en 1968 par Omar Bongo Ondimba.
Depuis des mois, le PDG fonctionne sans véritable direction politique. Ali Bongo, affaibli et placé sous étroite surveillance, n’a quasiment plus de contacts directs avec l’appareil partisan. L’entrée de sa résidence est contrôlée par les éléments de la Garde républicaine, les visites sont filtrées et chaque déplacement scruté.
C’est dans ce contexte que l’ancien président aurait décidé d’acter une nouvelle architecture interne. Un participant à cette réunion, cité anonymement par Jeune Afrique, raconte : « Le président Ali Bongo me l’a dit lui-même : personne n’a demandé à Ali de quitter la direction du parti. Il ne s’est jamais agi de sa déchéance. Il leur a dit qu’il fallait tout réorganiser. Que lui n’était plus en position de diriger au quotidien. Il avait alors annoncé la désignation d’un vice-président exécutif [Alain-Claude Bilie-By-Nze] et d’un secrétaire exécutif [Eloi Nzondo]. »
Autrement dit, Ali Bongo entendait rester président du PDG tout en transférant la gestion quotidienne du parti à Alain-Claude Bilie-By-Nze, considéré alors comme l’un des derniers poids lourds politiques capables de maintenir une cohésion minimale dans les rangs de l’ancien parti au pouvoir.
Mais le scénario imaginé à la Sablière n’ira jamais à son terme.
Toujours selon Jeune Afrique, les cadres présents à cette réunion auraient immédiatement rendu compte des intentions d’Ali Bongo au président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. La réaction du pouvoir militaire aurait été rapide et sans ambiguïté. Le même témoin confie : « Sauf que, sorti de là, le groupe est allé rendre compte de cette réunion au président Oligui Nguema, qui s’est opposé aux décisions envisagées par son prédécesseur et a donné une liste de noms que la délégation est allée lire. »
Ce veto marque un tournant décisif dans la bataille pour le contrôle du PDG. Quelques semaines plus tard, un directoire provisoire est installé autour de Blaise Louembe et Angélique Ngoma, tandis qu’Ali Bongo est officiellement déclaré « déchu » de ses fonctions à la tête du parti.
Une décision que contestent encore aujourd’hui les fidèles de l’ancien président, qui dénoncent une prise de contrôle imposée sous pression du régime de transition et parlent ouvertement « d’usurpation ».
Cette tentative avortée de promotion éclaire d’un jour nouveau la trajectoire politique d’Alain-Claude Bilie-By-Nze depuis la chute du régime Bongo.
Quelques mois après cet épisode, l’ancien Premier ministre prend ses distances avec le PDG, rompt publiquement avec l’héritage politique du parti et engage sa propre mue politique. Une rupture spectaculaire que l’ancien patron de la Primature décrit comme étant son « chemin de Damas ». Candidat à l’élection présidentielle d’avril dernier, Bilie-By-Nze terminera finalement à la deuxième place derrière Oligui Nguema avant de lancer sa formation politique, Ensemble pour le Gabon.
La suite on l’a connaît. Depuis plusieurs semaines, l’ancien chef du gouvernement est détenu à la prison centrale de Libreville, dite « Sans Famille », dans le cadre d’une affaire d’escroquerie présumée. Vendredi, la chambre d’accusation a rejeté sa demande de mise en liberté provisoire, prolongeant une séquence judiciaire qui continue d’alimenter les tensions politiques autour de l’ancien système Bongo.







