Le timing interroge. En marge du sommet Africa Forward, Emmanuel Macron aurait-il relancé son homologue Brice Clotaire Oligui Nguema pour régler la facture de Suez que la SEEG lui devait ?
Car, contrairement à ce qui a été relayé dans plusieurs médias, ce décaissement ne correspond pas au lancement immédiat de travaux de réhabilitation du réseau hydraulique, ni à un vaste programme d’achat d’équipements destinés à améliorer la distribution d’eau dans la capitale gabonaise.
Selon plusieurs sources proches du dossier, le paiement effectué par l’État vise avant tout à solder des arriérés liés au contrat de management liant la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) à Suez. Ce partenariat couvre principalement des prestations d’assistance technique, d’audit, de conseil stratégique et d’accompagnement opérationnel.
La facture, en attente depuis septembre dernier, aurait fait l’objet de multiples relances du groupe français auprès des autorités gabonaises.
En coulisses, la tension serait montée d’un cran ces derniers mois. Des sources indiquent que Suez envisageait sérieusement de fermer ses bureaux de Batterie IV, à l’immeuble Mirage, faute de règlement des sommes dues. Une perspective qui aurait fragilisé davantage une SEEG déjà confrontée à de fortes difficultés techniques et opérationnelles.
Le paiement effectué ces derniers jours devrait donc principalement permettre au groupe français d’assurer ses charges de fonctionnement : salaires, loyers, prestations de conseil et obligations contractuelles prévues dans son accord avec la Société d’énergie et d’eau du Gabon.
Autrement dit, l’État gabonais semble avoir d’abord cherché à préserver la continuité de son partenariat stratégique avec Suez, plutôt qu’à injecter immédiatement des ressources dans la réparation du réseau d’eau du Grand Libreville.
Ce qui ne signifie pas pour autant qu’un financement structurant ne soit prévu dans le cadre du partenariat. Le contrat de management prévoit en effet que Suez puisse mobiliser un prêt d’environ 131,2 milliards de FCFA, destiné à soutenir les investissements dans le secteur de l’eau. Cette enveloppe devrait notamment servir à l’acquisition d’équipements, à la réparation des fuites du réseau et à l’amélioration des capacités de distribution dans le Grand Libreville, particulièrement affecté par les pénuries récurrentes.
Reste que, pour les populations du Grand Libreville, les effets concrets tardent toujours à se faire sentir.
Malgré le versement des 1,965 milliard de FCFA, les coupures d’eau demeurent quotidiennes dans plusieurs zones de la capitale. Et une question continue désormais de circuler dans les milieux politico-économiques : en réglant cette facture dans l’urgence, l’État a-t-il surtout cherché à éviter une rupture avec Suez ?






