C’est un drame qui jette une ombre sur la vitrine de la conservation gabonaise. Docio, milliardaire amateur de trophées, a trouvé la mort sous les pattes d’un troupeau d’éléphants. Si l’émotion est grande, les questions juridiques sont elles aussi impérieuses : que faisait ce visiteur armé dans un parc protégé ? Qui a signé son autorisation de chasse dans cet environnement proscrit à toutes activités de chasse ? Les réserves sont des sanctuaires inviolables.
Pour Benjamin Evine Binet, le cadre légal est limpide. « La chasse dans les parcs nationaux, réserves intégrales et sanctuaires est strictement interdite, c’est clair», rappelle-t-il, citant la loi organique n°039/2023 du 2 novembre 2023, qui réforme le Code forestier et renforce l’article 267. Toute infraction est passible de peine d’emprisonnement et de lourdes amendes.
Pourtant, le drame s’est produit au sein de la Lopé. « Cet accident ne serait pas arrivé si le milliardaire n’avait pas été admis dans un parc, accompagné d’un guide, probablement habitué des lieux et si les autorités avaient fait preuve d’un minimum de rigueur », souligne le journaliste.
La « grande chasse » n’existe pas au Gabon
Le Gabon s’est construit une réputation internationale sur la protection de sa biodiversité. « Le pays ne reconnaît pas la grande chasse. Du fait de son assimilation à la battue des espèces partiellement et où intégralement protégées comme l’éléphant, le buffle, la panthère les grands singes et autres », explique Benjamin Evine Binet. Seul le permis de petite chasse, délivré par l’administration des Eaux et Forêts, est légal. Il est valable un an pour les nationaux et résidents, trois mois pour les touristes, et nécessite un port d’arme à jour, une arme assurée et le paiement des taxes locales.
L’expert insiste : « En tant que pays de grande conservation, le Gabon ne peut se livrer à la battue des éléphants à des fins de loisirs, ce serait contraire à ses engagements internationaux. »
Des complicités et des failles inquiétantes
Si Docio était un habitué des safaris africains, sa présence dans la Lopé révèle des failles préoccupantes. « Comment un étranger, même milliardaire, a-t-il pu pénétrer dans une zone protégée avec un guide local ? » s’interroge Benjamin Evine Binet. Était-il à la recherche d’une antilope rare? Fait-il du tourisme de vision? Ou visait-il directement le pachyderme qui l’a terrassé ?
Pour lui, ce drame illustre le problème de la conservation de prestige : « Ces pratiques, bien documentées sous l’ancien régime, persistent. Les faits sont têtus. » Une enquête a été ouverte pour déterminer les responsabilités des acteurs impliqués, qualifiés par le journaliste d’« indésirables pour l’image du Gabon, leders de la conservation».
La mort de Docio dépasse le simple fait divers : elle met en lumière le conflit permanent entre l’attrait des devises étrangères et la préservation d’un patrimoine naturel de plus en plus fragile.






