Derrière le rapport alternatif présenté à Genève, l’activiste revendique un travail d’enquête minutieux, fondé sur des éléments tangibles. « Notre rapport alternatif repose sur un travail de documentation rigoureux », insiste-t-il d’emblée. « Nous nous appuyons notamment sur des témoignages directs de détenus et de leurs familles, des entretiens avec des avocats, ainsi que des observations de terrain. » À ces sources, précise-t-il, « s’ajoutent des documents judiciaires, des certificats médicaux attestant de mauvais traitements, et des cas suivis sur la durée par notre organisation ».
Dans un environnement marqué par de fortes contraintes d’accès, ce travail de vérification est central. « Nous avons croisé ces sources pour garantir la fiabilité des informations, dans un contexte où l’accès aux lieux de détention reste très limité », souligne Lionel Ella Engonga.
Mais au-delà des pratiques dénoncées dans les lieux officiels, c’est l’existence de sites de détention informels qui suscite une vive inquiétude. « Il est difficile de fournir une estimation exhaustive en raison de l’opacité qui entoure ces pratiques », reconnaît-il. Toutefois, ses enquêtes sont formelles : « nos investigations révèlent l’existence de plusieurs sites utilisés de manière informelle par certaines unités de sécurité, notamment pour des gardes à vue prolongées ou des interrogatoires hors cadre légal ».
Ces lieux, poursuit-il, « échappent souvent à tout contrôle judiciaire effectif, ce qui favorise les abus ». Et d’insister : « ce que nous pouvons affirmer, c’est que leur existence n’est pas marginale et qu’elle constitue une préoccupation majeure en matière de respect des droits fondamentaux ».
L’analyse du président de SOS-Prisonniers Gabon s’inscrit également dans une lecture plus large de l’histoire récente du pays. Les violences postélectorales de 2016 demeurent, selon lui, un point de rupture. « Les événements de 2016 ont effectivement marqué un tournant », affirme-t-il. L’absence de résultats judiciaires s’explique, à ses yeux, par « un manque d’indépendance perçu de certaines institutions, des enquêtes insuffisamment approfondies et une absence de volonté politique claire d’établir les responsabilités ».
À cela s’ajoute un climat délétère : « un climat de peur et de méfiance dissuade les victimes et les témoins de s’exprimer librement ». Conclusion sans détour : « sans garanties fortes de protection et de transparence, les mécanismes de justice peinent à remplir leur mission ».
Face à ce constat, l’organisation appelle à des mesures immédiates. « Nous formulons plusieurs recommandations urgentes », indique Lionel Ella Engonga. En premier lieu, « garantir un accès effectif et indépendant à tous les lieux de détention, y compris par des mécanismes de contrôle nationaux et internationaux ». Il insiste également sur « le renforcement des garanties procédurales dès l’arrestation, notamment le droit à un avocat et à un examen médical ».
Autre priorité : « lutter contre l’impunité en menant des enquêtes impartiales sur les allégations de torture et de mauvais traitements ». Enfin, il alerte sur la situation des acteurs de la société civile : « nous appelons à une protection accrue des défenseurs des droits humains, afin qu’ils puissent exercer leur mission sans crainte de représailles ».
À l’heure où les regards se tournent vers Genève, ces déclarations, appuyées par des éléments documentés, rappellent que derrière les engagements internationaux, la réalité du terrain reste un test décisif pour les autorités gabonaises.







