À cette occasion, un rapport alternatif publié par un collectif d’organisations, parmi lesquelles l’OMCT, le CEAD, SOS-Prisonniers Gabon et le Réseau Foi Culture et Éducation, remet en question la situation des droits fondamentaux dans le pays.
Ce document, étayé par des témoignages et des analyses de terrain, décrit des pratiques préoccupantes et interroge le fonctionnement de certaines institutions chargées du maintien de l’ordre et de la justice.
Le rapport consacre une large partie à la situation dans les lieux de privation de liberté. Il évoque, à partir de récits recueillis auprès d’anciens détenus, d’avocats et d’acteurs de la société civile, des pratiques qui soulèvent de graves inquiétudes :
« Les témoignages recueillis auprès d’anciens détenus, d’avocats et d’acteurs de la société civile décrivent des pratiques telles que les coups, la détention prolongée au secret et la coercition visant à obtenir des aveux. »
Les organisations signataires alertent également sur l’existence de lieux de détention qualifiés de non officiels ou insuffisamment encadrés, dans lesquels les garanties juridiques seraient particulièrement limitées :
« Centres de détention non officiels ou mal réglementés », où les risques d’abus seraient accrus, les mécanismes de contrôle et de responsabilisation restant « limités ou inefficaces ».
Le rapport revient également sur les violences survenues après les élections de 2016, considérées comme un point de rupture dans la relation entre institutions et citoyens. Selon les auteurs, l’absence de suites judiciaires suffisantes continue de peser sur la confiance publique :
« Malgré l’ampleur et la gravité de ces allégations, aucune enquête nationale approfondie et indépendante n’a été menée pour établir les responsabilités. Cette absence de reddition de comptes continue de saper la confiance dans les institutions publiques. »
Pour les ONG, ce déficit de poursuites et de clarification contribuerait à entretenir un sentiment d’impunité au sein des forces de sécurité.
Le document alerte enfin sur les conditions d’exercice des défenseurs des droits humains, des syndicalistes et plus largement des voix critiques. Il évoque un recours accru à des procédures judiciaires perçues comme dissuasives :
« Ces pratiques suscitent des inquiétudes quant à l’utilisation du système judiciaire pour dissuader ou sanctionner un travail légitime en faveur des droits de l’homme, restreignant ainsi davantage l’espace civique. »
Au-delà du constat, le collectif appelle à des mesures concrètes et urgentes. Il invite notamment le Comité contre la torture à recommander au Gabon une révision du cadre pénal afin que les faits de torture soient correctement qualifiés et sanctionnés.
Les organisations demandent également un renforcement des mécanismes de contrôle des lieux de détention, incluant des inspections indépendantes régulières, ainsi que la protection effective des défenseurs des droits humains contre toute forme d’intimidation ou de poursuites abusives.
Alors que les travaux de cette session se poursuivent jusqu’au 1er mai, les échanges à Genève replacent le Gabon face à une question centrale : dans quelle mesure les engagements internationaux en matière de droits humains peuvent-ils se traduire en réformes concrètes sur le terrain ?







