Alors que le Gabon est désormais entré dans une nouvelle phase institutionnelle après la transition, une partie de la diaspora continue d’exprimer ses réserves. Bernard Christian Rekoula, acteur de la société civile, estime que les attentes suscitées par le changement de régime n’ont pas été respectées : « La manifestation d’hier (Ndlr : la manifestation s’est déroulée le 25 avril, il a été contacté par Le Confidentiel le lendemain) avait pour but de dénoncer le retour des mauvaises pratiques au Gabon, tant au niveau de la gestion économique, de la gestion orthodoxe de notre pays, qu’au niveau sécuritaire », a-t-il déclaré à notre rédaction.
« Une promesse de rupture non concrétisée »
Pour l’activiste, le cœur du désaccord réside dans ce qu’il considère comme un décalage entre les engagements initiaux et la réalité actuelle. Il rappelle les déclarations de Brice Clotaire Oligui Nguema au moment de la prise de pouvoir intervenue à la suite du coup d’État du 30 août 2023 : « Brice Clotaire Oligui Nguema, en prenant le pouvoir le 30 août, a dit aux Gabonais qu’il venait pour la rupture et pour la restauration des institutions. La restauration des institutions impliquait que tout devait désormais fonctionner selon les règles orthodoxes de gestion de la chose publique. »
Selon lui, les évolutions observées sur le terrain témoigneraient d’une réalité différente. « Nous avons constaté sur le plan sécuritaire un retour aux arrestations musclées, des arrestations illégales. Nous avons constaté des actes de barbarie et de torture sous le regard du nouveau régime. Il est hors de question que nous laissions ces méthodes, que nous avons combattues pendant 14 ans sous Ali Bongo, revenir sous une autre forme. »
Accusations de dérives sécuritaires et judiciaires
Bernard Christian Rekoula évoque également des faits qu’il présente comme des dérives préoccupantes.
Il cite le cas de l’affaire Johan Bounda : « Il y a le cas du jeune Bounda qui a été torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive au B2 (Ndlr : à l’époque des faits en janvier 2025, le gouvernement s’était indigné à travers un communiqué ; la justice avait ouvert une enquête, deux généraux avaient été auditionnés et trois suspects mis en examen, en attendant l’ouverture d’un procès) », ajoute-t-il.
Sur le plan judiciaire, il dénonce ce qu’il considère comme une immixtion du politique : « Nous constatons une immixtion du politique sur le judiciaire. Nous avons vu le cas d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, dénoncé d’ailleurs par les syndicats de la magistrature et des greffiers qui ont clairement dit que le droit n’était plus respecté. »
Une mobilisation diasporique qui se poursuit
Pour l’activiste, la mobilisation observée à Paris traduit une contestation qui persiste malgré la fin officielle de la transition : « Ce qui est positif aujourd’hui, c’est de voir que ceux qui étaient là dès 2009 et 2016 ont à nouveau décidé de battre le pavé pour dénoncer ces exactions. Aujourd’hui, nous avons une pluralité de groupes […] Tout cela forme un ras-le-bol général. »







