Cinq mois après la signature du protocole ayant mis fin à la crise qui a paralysé le système éducatif, une question continue de circuler dans les couloirs de l’administration comme au sein des organisations syndicales : qu’est devenu l’audit promis par le gouvernement ?
Inscrit au point 6 de l’accord conclu entre les autorités et les fédérations syndicales, cet audit devait porter sur trois sujets particulièrement sensibles : le fichier matricule des agents, les vacations et les éventuels doublons budgétaires.
Selon plusieurs sources proches du dossier, des opérations de vérification auraient effectivement été conduites au cours des derniers mois.
Pourtant, à ce jour, aucun rapport n’a été rendu public, aucune synthèse n’a été présentée aux partenaires sociaux et aucune communication officielle n’est venue préciser les conclusions de ce travail. Cette absence de transparence est d’autant plus remarquée que les enjeux financiers sont considérables.
Des milliards en jeu
Les dépenses liées aux vacations auraient représenté près de 13 milliards de francs CFA en 2025, selon plusieurs sources administratives. À elles seules, les opérations liées aux examens nationaux mobiliseraient chaque année près de 800 millions de francs CFA.
D’après les informations recueillies par Le Confidentiel, environ 600 millions seraient consacrés à la logistique des examens, tandis qu’une enveloppe estimée à 200 millions de francs CFA serait affectée au cabinet du ministre pour la coordination générale du dispositif.
Par ailleurs, plusieurs sources indiquent que les gouvernorats bénéficieraient chacun d’une dotation pouvant atteindre 10 millions de francs CFA dans le cadre de l’organisation administrative des examens. Rapporté à l’ensemble des provinces, ce poste représenterait près de 90 millions de francs CFA.
Ces chiffres, qui n’ont pas été officiellement détaillés par les autorités, figurent précisément parmi les éléments que l’audit devait permettre d’éclairer.
Le silence qui interroge
Plusieurs acteurs du secteur ne s’interrogent plus sur l’existence de l’audit, mais sur le devenir de ses conclusions.
« Par rapport à l’audit qui a été fait sur les vacations de l’année 2025-2026, à la suite des calculs des montants des différents examens qui se levaient, je crois autour de 12 ou 13 milliards de francs CFA, l’État gabonais a décidé de faire un audit sur les vacations. Malheureusement, les syndicats ou les organisations syndicales n’ont pas été impliquées dans le cadre de cet audit. Apparemment, cela n’a été fait que par les agents du ministère des Comptes publics. Ce n’est donc pas, à mon avis, un audit indépendant », a expliqué Alain Mouagouadi, conseiller du secrétaire général de la Fédération syndicale des enseignants de l’Éducation nationale (FESEENA).
Il poursuit : « Et ce qui fait que, malheureusement, nous n’avons pas jusqu’à ce jour les résultats. Or, lorsqu’on a dénoncé le fait que les examens ont donné des montants faramineux, un tel audit aurait dû être réalisé par un organisme indépendant. Et même si cela n’a pas été fait par cet organisme indépendant, logiquement, à la fin de cet audit, avant de relancer les examens, les résultats auraient dû être rendus publics. Qu’on sache clairement ce qu’on a reproché à la structure des vacations, ce qu’on a reproché aux montants : est-ce des montants qui ont été gonflés ou est-ce réellement des montants qui auraient dû être payés ? Le gouvernement aurait tout à gagner à rendre public cet audit pour nous aider à corriger les pratiques reprochées dans les examens antérieurs. »
« Si l’audit a effectivement été réalisé, pourquoi ses résultats n’ont-ils jamais été présentés aux syndicats, aux enseignants ou à l’opinion publique ? », s’interroge un responsable du secteur éducatif qui a requis l’anonymat.
De son côté, Marcel Libama, également interrogé, a indiqué ne pas être en mesure de répondre à cette question. Figure connue pour ses positions syndicales dites de « ligne dure », une posture qui lui a valu un séjour carcéral, il précise ne pas avoir fait partie de la délégation ayant négocié le protocole avec le gouvernement. Il ajoute ne pas être surpris, « s’il y a effectivement eu un audit », que ses conclusions n’aient pas été rendues publiques.
Une exigence de transparence
Au-delà du seul secteur éducatif, la publication des conclusions de cet audit apparaît aujourd’hui comme un enjeu de gouvernance publique.
Le gouvernement a fait de la rationalisation des dépenses et de la lutte contre les dysfonctionnements administratifs l’un des axes majeurs de son action. Dans ce contexte, la non-publication d’un audit portant sur plusieurs milliards de francs CFA de dépenses interroge.
L’audit constitue un test de crédibilité pour la réforme de la gestion publique engagée par les autorités. Sa publication permettrait de clarifier le débat sur la réalité des effectifs, le coût des vacations, les dépenses liées aux examens et l’utilisation des ressources publiques consacrées à l’éducation.
Son absence, à l’inverse, entretient les interrogations sur la capacité du gouvernement à assainir les finances publiques.
À quelques semaines du CEP et du baccalauréat 2026, la polémique autour de cet audit non publié ravive les inquiétudes sur la transparence de la gestion des examens et la crédibilité du système éducatif.
Sollicité par Le Confidentiel sur l’existence de cet audit, sur ses conclusions et sur les raisons de l’absence de restitution publique, le ministère de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq n’avait pas répondu à nos questions au moment de la publication de cette enquête.
Cette enquête repose sur des témoignages de sources administratives, syndicales et pédagogiques. Certains montants évoqués n’ont pu être vérifiés auprès des autorités compétentes et sont présentés comme des estimations communiquées par nos interlocuteurs.







