La violation d’une « loi morale » universelle
Pour le Dr Ella Edzang Gabriel, le crime de la traite ne réside pas seulement dans les actes physiques, mais dans la rupture d’un contrat moral universel. Il explique que bien avant même l’organisation de la traite négrière, dans chaque société humaine à l’échelle universelle, la loi morale existait déjà. Selon lui, c’est cette loi morale qui nous amène à avoir un peu plus de considération pour autrui et qui nous oblige à agir dans la société en permettant que l’autre puisse également jouir des bienfaits de la communauté. L’historien souligne ainsi la flagrance de la violation de cette loi morale qui aurait pu amener ceux-là qui sont devenus négriers à avoir plus de considération pour les peuples africains au sud du Sahara. Il rappelle que des garde-fous juridiques existaient déjà, comme le code de Hammurabi ou la Magna Carta de 1215 en Angleterre, mais qu’ils ont été balayés par une « gourmandise ultra-capitaliste ».
De l’esclavage à la « chosification » : l’apport linguistique
L’une des contributions majeures du Dr Ella Edzang Gabriel est la distinction fondamentale entre les pratiques sociales africaines et la barbarie de la traite transatlantique. Il lève le voile sur cette différence sémantique essentielle en précisant que la traite négrière implique la déshumanisation, car il y a une chosification et une instrumentalisation de l’homme, considéré comme une bête ou un simple produit industriel appelé à produire des richesses pour développer l’Europe. Il affirme sans détour que le traitement était inhumain.
S’appuyant sur ses recherches au Gabon, il précise que l’esclavage précolonial était radicalement différent. Chez les Ngwemyene, on appelle l’esclave « Osaka », tandis que chez les Fang, on utilise le terme « un nsagha ». Cependant, cet esclavage ancien permettait au contraire aux individus de pouvoir fonder une famille et de vivre de la chasse ou de la pêche. L’historien apporte une nuance cruciale en précisant qu’un « nsagha » est très différent d’un « nkom », ce dernier n’étant pas un esclave mais simplement un captif de guerre ou un prisonnier.
Le « Crime des Archives » confisquées
L’historien dénonce avec force la disparition organisée des preuves, un acte qu’il qualifie de criminel et de stratégique pour étouffer toute velléité de justice. Il soutient que les Blancs, pour se dédouaner, ont confisqué les archives afin d’éviter que la formation de la pensée des forces vives africaines ne conduise à la contestation, à la rébellion ou à la revendication de la réparation. Pour lui, la confiscation de ces documents est un acte criminel majeur, car ces archives auraient pu permettre à de nombreux descendants de retrouver aujourd’hui les traces de leurs ancêtres.
Un passé qui modèle l’avenir
En citant l’historien grec Thucydide, pour qui le passé inspire le présent qui à son tour modèle l’avenir, le Dr Ella Edzang Gabriel souligne que les rapports de force actuels entre le Nord et le Sud sont les héritiers directs de cette période de vassalité. Il constate un phénomène de prépondérance des pays du Nord dans les institutions et observe comment les pays africains voient leurs matières premières systématiquement pillées. Selon lui, la pensée européocentrée et la supériorité supposée de la civilisation occidentale ont toujours fait en sorte que les Occidentaux négligent les Africains dans les négociations pour perpétuer des relations de dominant à dominé.
La résolution de l’ONU, qui appelle désormais à des excuses formelles et des compensations, s’inscrit dans cette lutte pour la dignité. Pour le Dr Ella Edzang Gabriel, il est impératif d’étudier ce phénomène car revenir sur cette histoire permet de comprendre davantage en quoi elle constitue le plus grand crime de l’humanité, avec des répercussions qui resteront négatives si le type de relation entre l’Occident et l’Afrique n’est pas profondément revu.









