L’organe de presse, bien que proche du pouvoir, relatait avec une précision chirurgicale une matinée où la confrontation a basculé. Le journal notait d’emblée que « la tension est montée d’un cran à cette occasion, des échauffourées entre la police et les marcheurs ayant débouché sur un drame ».
« Pris entre deux cordons de policiers »
Selon le récit du quotidien, la manifestation du SEENA (Syndicat des enseignants de l’Éducation nationale) visait à protester contre le mutisme du gouvernement. Le journal rapporte le témoignage direct des enseignants présents : « Aux premières heures de la matinée, les premiers manifestants, parmi lesquels se trouvait Mme Oulagou [sic], s’apprêtaient au niveau de la Pharmacie gabonaise, quand ils se sont retrouvés tout d’un coup pris entre deux cordons de policiers. »
C’est dans cette configuration de souricière que le drame se noue. L’Union précise sans détour que « sur ordre de leur supérieur, le ou les coups sont partis ». Martine Oulabou Mbadinga, maîtresse de classe à l’école de la Sorbonne de Libreville, s’écroule.
Les détails de l’agonie et le profil de la victime
Le quotidien détaille la violence de l’impact : l’enseignante a reçu « une balle au niveau de la clavicule ». Le journal relate son agonie avec une froideur factuelle : elle fut « grièvement blessée, conduite pour les premiers soins d’urgence à la clinique Chambrier, puis à la Fondation Jeanne Ebori, a rendu l’âme quelques instants après ».
L’article insiste également sur la dimension familiale de la tragédie : « La victime […] était mère d’un enfant âgé d’une quinzaine d’années, élève en 5e au lycée technique Omar Bongo. » Le journal mentionne d’autres victimes, dont André Essonghé, qui « se serait foulé la jambe droite en tentant de prendre la fuite dans la confusion provoquée par une détonation à hauteur de l’immeuble des Affaires étrangères », avant d’être lui aussi « touché par une balle à la cuisse droite ».
Une enquête sans conclusion : l’ombre de l’impunité
Dès le lendemain du drame, L’Union affichait une volonté de transparence, tout en soulignant l’opacité des forces de l’ordre : « Le contact avec cet officier (Ndlr, un capitaine de police) nous aurait peut-être permis de faire bonne mesure avec la version des enseignants… Nous avons fouillé tous les coins et recoins… jusqu’à l’Etat-major général, sans aucun succès. »
Le journal concluait alors : « Seule l’enquête qui va suivre permettra de savoir quel type d’arme a abattu cette monitrice. » Pourtant, trente-quatre ans après ces lignes, le constat est sans appel : aucune enquête n’a jamais abouti pour établir les responsabilités. Cette absence de conclusion judiciaire transforme aujourd’hui ce décès en un symbole permanent de l’impunité, particulièrement lorsque le nom de la victime est passé sous silence lors des commémorations officielles de 2026.




