Ce samedi après-midi, une trentaine de manifestants se sont réunis dans le 16ᵉ arrondissement de Paris avant d’entamer une marche pacifique en direction de l’ambassade du Gabon. Pancartes à la main et slogans hostiles au pouvoir de Libreville, les participants ont dénoncé la gouvernance du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’ils accusent de reproduire certaines pratiques de l’ancien régime.
Bien loin des grandes démonstrations de force organisées durant le second mandat d’Ali Bongo Ondimba, lorsque une large partie de la diaspora gabonaise se retrouvait régulièrement au Trocadéro pour dénoncer la gouvernance du pays, cette mobilisation marque néanmoins le retour visible d’une contestation politique gabonaise dans les rues parisiennes.
Plusieurs figures connues de l’activisme gabonais avaient répondu présentes, parmi lesquelles Thibault Adjatis, Bernard Christian Rekoula, Hugues Méfane et Suzanne Barrat. De nouveaux visages ont également pris part à la marche, à l’image d’Éloïse Bouanga, présentée comme l’une des initiatrices de la manifestation, ainsi que d’Nelly Ngabima.
La mobilisation a aussi enregistré la présence d’Mike Jocktane et de militants de la diaspora affiliés au parti Ensemble Pour le Gabon, formation proche de l’opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze, actuellement placé sous mandat de dépôt dans une affaire d’escroquerie que ses soutiens dénoncent comme une manœuvre politique destinée à réduire au silence le principal opposant au pouvoir.
Interrogé au lendemain de la marche, Thibault Adjatis a justifié la mobilisation par une profonde défiance envers les autorités actuelles : « Nous faisons cette marche parce que nous n’avons jamais cru à cette révolution de palais menée par Oligui Nguema. Notre objectif est d’interpeller les autorités françaises sur les dérives dictatoriales que nous dénonçons aujourd’hui au Gabon : coupures des réseaux sociaux, bâillonnement de la presse, pressions contre les opposants et les activistes. Une dictature est en train de se dessiner au Gabon. »
De son côté, Bernard Christian Rekoula a insisté sur la portée démocratique de cette initiative : « Nous avons marché pour montrer ce qu’est le respect des idées et de la liberté d’expression à travers une manifestation pacifique et encadrée. Nous voulions également rappeler aux autorités gabonaises que le Gabon appartient à tous les Gabonais et que personne n’a mandaté Brice Clotaire Oligui Nguema pour gouverner seul selon sa propre vision. »
Selon lui, le regain de contestation s’explique par une gouvernance qu’il juge comparable à celle de l’ancien pouvoir.
« Restriction des libertés fondamentales, gestion financière opaque, concentration du pouvoir : nous retrouvons aujourd’hui les mêmes pratiques qui étaient dénoncées sous Ali Bongo », a-t-il affirmé.
Pour Nelly Ngabima, cette marche se voulait avant tout « une action citoyenne » destinée à rappeler au chef de l’État ses engagements initiaux : « Les promesses faites lors de son accession au pouvoir ne se sont pas concrétisées. Les besoins essentiels des Gabonais restent insatisfaits, notamment l’accès à l’eau et à l’électricité, tandis que le chômage continue de progresser », a-t-elle déclaré.
La militante a également évoqué le cas d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, dont elle réclame la libération.
« Nous avons rappelé que le Gabon est un État démocratique et qu’aucun dirigeant ne peut emprisonner des citoyens simplement parce qu’ils ne partagent pas sa politique », a-t-elle soutenu.
Face aux critiques portant sur la faible mobilisation, Nelly Ngabima a relativisé l’importance du nombre de participants : « Nous relançons à peine la dynamique du Trocadéro. Le nombre n’est pas l’essentiel aujourd’hui. »
Reste désormais à savoir si cette mobilisation, encore modeste mais symboliquement forte, marquera le véritable retour d’une contestation structurée de la diaspora gabonaise, ou si elle demeurera un mouvement isolé.










