Le récit d’une matinée d’horreur
Il est environ 9 heures ce mercredi lorsque le Greffe civil du Tribunal de Première Instance de Libreville bascule dans l’effroi. Une femme, habituée des lieux, s’introduit dans les bureaux pour s’enquérir de son dossier. Mais cette fois, elle n’est pas venue les mains vides. Dissimulés sur elle : deux bouteilles de pétrole et un allume-gaz.
Sans crier gare, elle asperge plusieurs greffières présentes et tente de déclencher l’incendie. Le drame est évité de justesse grâce à l’intervention rapide de témoins qui parviennent à la maîtriser avant que l’irréparable ne se produise. « Si le feu avait pris, nous parlerions de morts aujourd’hui », confie un témoin de la scène, encore sous le choc.
Un dossier foncier à l’origine de la dérive
L’enquête révèle que l’agresseuse est engluée dans un litige foncier datant de 2022. Elle réclame l’annulation d’une vente de terrain pour défaut de paiement intégral. Entre renvois successifs, radiations au rôle général et procédures d’instruction « au fond », l’attente de deux ans a fini par muer en une rage incontrôlable.
Si le SYNAGREF pointe du doigt une certaine « lenteur » et des « omissions professionnelles » dans la gestion du dossier par certains magistrats et greffiers, le syndicat est catégorique : « Rien ne peut justifier un acte aussi démesuré. Le palais de justice n’est pas un lieu d’aisance où l’on vient mettre le feu par frustration. Il existe des voies de recours. »
La colère du SYNAGREF : « Impunité inadmissible »
Le véritable séisme est survenu après l’incident. Malgré la flagrance du crime — qualifié par les agents de tentative d’homicide volontaire et tentative d’incendie volontaire — la dame a été laissée en liberté après son audition par le Procureur de la République. Elle est repartie chez elle, tandis que ses victimes étaient admises à l’hôpital pour un suivi physique et psychologique.
Cette « largesse » judiciaire a provoqué l’ire des agents. Réuni en Assemblée Générale ce vendredi 27 février, le SYNAGREF, par la voix de son Secrétaire Général, Me MENGUE MEBA Nesta, a dénoncé l’absence de protection de l’agent public sur son lieu de travail : « Nous sommes outrés. Comment peut-on attenter à la vie de fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions et rentrer chez soi comme si de rien n’était ? C’est un signal dangereux envoyé à tous les justiciables. »
Le Palais de Justice paralysé jusqu’à mercredi
En signe de protestation, les greffiers ont décidé d’observer un mouvement d’humeur immédiat. Le service sera totalement interrompu ce vendredi, ainsi que lundi et mardi prochains. La reprise des activités n’est prévue que pour le mercredi 4 mars.
Le syndicat exige que des mesures de sécurité concrètes soient prises et que la procédure pénale contre l’assaillante soit traitée avec la rigueur qu’impose la gravité des faits. Pour le corps des greffiers, il s’agit de rappeler un principe fondamental : la justice ne peut s’exercer sereinement que si ceux qui la servent sont en sécurité.










