L’Hôtel de Ville de Libreville tourne une page agitée de son histoire récente. La vacance à la tête de l’institution, consécutive au départ collectif de l’ancienne équipe municipale, a conduit la gouverneure de la province de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, à convoquer une session extraordinaire le 23 avril 2026. L’objectif affiché : rétablir sans délai la continuité du service public, alors que l’administration communale était fragilisée par une crise politique devenue inévitable.
Mais derrière cette annonce officielle, les faits révèlent une chronologie plus complexe. Si le 23 avril a marqué la sortie publique du maire et de ses adjoints, leur départ était en réalité déjà acté en coulisse depuis le 20 avril. À cette date, Pierre Matthieu Obame Etoughe et son équipe avaient discrètement remis leur démission, avant de la rendre publique quelques jours plus tard, dans un contexte déjà dominé par la crise institutionnelle.
Selon Gabonreview, dans la même séquence politique, une rencontre de haut niveau est venue renforcer la pression autour des exécutifs locaux. Le jeudi 23 avril, au siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) à La Sablière, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réuni en urgence les 103 conseillers municipaux issus de son parti. Selon plusieurs participants, la réunion avait des allures de « séance de vérité ». Le chef de l’État y a dénoncé un budget jugé insincère, des arrangements entre initiés et des querelles de chapelles paralysant la gestion des collectivités, en particulier celle de la capitale, croient savoir nos confrères.
Dans une atmosphère tendue, le président a fermement recadré ses élus, tapant du poing sur la table et annonçant de « nouvelles dispositions » dont la nature n’a pas été dévoilée, mais dont le ton a suffi à créer un climat de forte tension dans la salle. Ce qui s’est dit ce matin-là s’apparente davantage, selon certains témoins, à un ultimatum politique qu’à une simple réunion de parti, toujours selon l’analyse de confrères.
Tout a basculé le 9 avril dernier. Ce jour-là, le Conseil municipal a infligé un revers majeur à Pierre Matthieu Obame Etoughe en rejetant massivement son projet de budget primitif 2026, par 142 voix contre. Ce budget de plus de 30 milliards de FCFA a été jugé irréaliste et insincère par une large majorité d’élus. Au centre des critiques, une enveloppe de 3 milliards de FCFA destinée au seul cabinet du maire, perçue comme disproportionnée face aux urgences sociales et aux besoins d’investissement de la capitale.
Isolé politiquement, le maire sortant a fini par « boire le calice jusqu’à la lie ». Après avoir tenté de défendre son projet, il a été contraint d’annoncer lui-même la convocation d’un conseil extraordinaire actant le départ de son équipe et la fin de son mandat.
Ce désaveu brutal interroge sur la trajectoire rapide de l’ancien édile. Élu conseiller lors des locales du 27 septembre dernier, puis porté à la tête de la mairie dans un contexte de large consensus, il incarnait alors le profil du technocrate, inspecteur général au Contrôle général d’État depuis fin 2024, censé apporter rigueur et méthode à la gestion municipale. Mais en l’espace de cinq mois, cette image s’est profondément érodée.
Ses détracteurs évoquent une gestion approximative et un manque de leadership politique. D’autres, en revanche, estiment qu’il a surtout été pris dans des rivalités internes et une guerre d’influence au sein de l’hôtel de ville, dans laquelle il n’aurait pas réussi à imposer son autorité.
La succession a finalement consacré le retour d’Eugène Mba. Le candidat de l’Union démocratique des bâtisseurs a bénéficié d’un large rassemblement des principales forces politiques, notamment le Parti démocratique gabonais, le Rassemblement pour la patrie et la modernité et l’Union nationale. Il a été élu avec 149 voix sur 151, dans un scrutin sans véritable suspense.
Pour l’accompagner, un bureau municipal largement remanié a été mis en place, intégrant Jean-Jacques Kangue, Juste Roméo Mouyopa, Issa Malam Salatou, Natacha Mengue Mbeng et Thierry Akendengue N’kolo. Seul Félix Andy Makindey Nze Nguema conserve son poste au sein de l’équipe sortante.
La priorité du nouvel exécutif est désormais clairement fixée : présenter un budget assaini, réaliste et crédible. Comme l’a rappelé l’autorité provinciale, les attentes des Librevillois sont fortes et immédiates. Au-delà des ajustements politiques, c’est la capacité de la nouvelle équipe à restaurer la confiance et à replacer l’intérêt général au cœur de la gestion municipale qui sera scrutée, après une crise qui a profondément fragilisé l’image de l’institution.







