Édito. Le dernier Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba et principal opposant au président Brice Clotaire Oligui Nguema est-il victime d’une machination judiciaire orchestrée depuis le Palais de la Rénovation, comme l’affirment à hue et à dia ses soutiens ? Espérons, bien entendu, que non.
Une certitude demeure toutefois : comme ce fut le cas pour Hervé Patrick Opiangah, cette affaire n’honore pas notre démocratie. Elle constitue une mauvaise publicité pour le Gabon.
En attendant la suite de ce dossier, fouillons un peu dans les poubelles de l’histoire. Souvenons-nous : en 2015, à l’annonce du décès de l’opposant André Mba Obame, Ali Bongo Ondimba avait improvisé un meeting à Rio, dans une joie pour le moins déplacée, se réjouissant de la disparition de son principal adversaire politique, voyant déjà s’ouvrir devant lui un boulevard pour la présidentielle de 2016.
Il avait oublié que la nature a horreur du vide. Il n’imaginait pas que sa chute viendrait de son propre camp, voire de sa propre famille. Face au vide laissé par Mba Obame, Jean Ping s’est imposé, en quelques mois seulement, comme son principal challenger lors de la présidentielle de 2016.
Au point qu’il fallut, multiplier artificiellement la population du Haut-Ogooué, manipuler les chiffres démographiques jusque sur Wikipédia, pour qu’Ali Bongo soit déclaré vainqueur, et perpétrer un massacre au QG de Jean Ping afin d’étouffer la contestation.
Au passage, je souhaite à Ali Bongo une longue vie et une santé solide, afin qu’un jour, quel que soit son état, il puisse répondre de ces événements devant un tribunal.
Au sujet du nouveau Code de la nationalité, j’imagine que Léon Mba et Omar Bongo Ondimba doivent se retourner dans leur tombe.
Déjà, rendez-vous compte : la Constitution adoptée par référendum en 2024 prive le pays de ressources humaines inestimables. Des milliers de Gabonais, qui auraient pu servir la nation avec abnégation au plus haut sommet de l’État, s’en trouvent exclus.
Prenons un exemple. Appliqué aux États-Unis, un tel Code de la nationalité aurait empêché Barack Obama, fils d’un père kényan, d’accéder à la présidence de l’une des plus grandes puissances du monde.
En France, en raison de ses origines hongroises, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais été président.
J’ai moi-même deux enfants vivant en France. Ils apprennent le français aux petits français de France, tant ils excellent dans leur parcours scolaire. Il y a deux ans, ils ont acquis la nationalité française. Savez-vous qu’avec notre actuel Code de la nationalité — appliqué en France — ils ne pourraient jamais aspirer à la magistrature suprême dans un pays qui leur a pourtant tant donné, en leur enseignant l’égalité, la fraternité et la liberté ?
On en débat dans les bistrots, dans les salons feutrés. On en rit parfois, on s’en fâche souvent. Mais ce que l’on mesure moins, c’est que ce nouveau Code de la nationalité porte en lui les germes de la division, voire d’un conflit latent.
À titre d’exemple, à raison, certains y voient une ressemblance avec le concept d’« ivoirité » en Côte d’Ivoire, qui a contribué à une crise profonde et à une guerre civile.
D’ailleurs, qui peut aujourd’hui se targuer d’être « gabonais de souche » ?
Je suis moi-même pahouin du Nord, un peu équato-guinéen, un peu camerounais. Je suis aussi punu. Mon grand-père parlait lingala et kituba. Et qui sait ? Un test ADN révélerait peut-être en moi du sang yoruba ou haoussa.
Ce nouveau Code de la nationalité ne reflète pas notre réalité sociologique. Il divise la nation, il fracture les Gabonais. Il va à contre-pied du discours du régime d’Oligui Nguema, qui appelle la diaspora à rentrer au pays pour contribuer à son développement.
À long terme, il porte les germes de la discrimination. Nous ne sommes pas loin d’une logique d’exclusion institutionnalisée.
Je le répète : avec ce nouveau Code de la nationalité, Léon Mba et Omar Bongo Ondimba doivent se retourner dans leur tombe.







