Officiellement, l’objectif s’inscrit dans une logique de souveraineté économique assumée. Mais dans les faits, cette participation demeure d’abord symbolique. À ce niveau de capital, l’influence sur les décisions stratégiques du groupe reste limitée, voire marginale, dans un univers où le contrôle est dicté par les blocs actionnariaux structurants et les équilibres de marché.
Le Gabon, toujours en négociation avec le FMI dans le cadre d’un programme structurel et confronté à une dette publique élevée, dispose de marges budgétaires limitées. Dans ces conditions, la question n’est plus seulement politique, elle devient arithmétique : comment financer une entrée au capital d’un groupe international sans fragiliser davantage les équilibres macroéconomiques ?
C’est ici que reviennent, en toile de fond, les montages financiers déjà utilisés lors d’opérations stratégiques récentes.
Le premier est celui de la reprise des actifs d’Assala Energy, estimée à environ 1,3 milliard de dollars, structurée avec l’appui de traders internationaux comme Gunvor. Le principe est bien connu : l’État acquiert immédiatement un actif stratégique, mais le financement est adossé à des flux futurs de pétrole, remboursés en nature ou en revenus différés.
Le second modèle, associé à Trafigura, repose sur des préfinancements de matières premières. Des liquidités sont avancées en échange d’engagements de livraison future, transformant les ressources naturelles en garantie implicite de dette. Une mécanique efficace à court terme, mais qui réduit progressivement les marges de manœuvre budgétaires à moyen et long terme.
Dans les deux cas, une même critique revient avec insistance : celle d’un financement de la souveraineté par anticipation sur la souveraineté elle-même.
Et dans le cas d’une éventuelle entrée au capital d’Eramet, une question s’impose avec une forme de réalisme économique : comme ce fut le cas avec Gunvor ou Trafigura, le gouvernement va-t-il faire appel à un trader des minéraux pour disposer des liquidités immédiates pour acheter des actions d’Eramet en hypothéquant son quota de partage de production dans la Comilog pour plusieurs années comme gage ?
À l’exemple des traders comme Gunvor ou Trafigura qui opèrent précisément à l’intersection de la finance et des matières premières, en transformant des flux futurs en liquidités immédiates, en sécurisant des contrats de long terme sur la production, le gouvernement négocie-t-il déjà en coulisse avec un trader des minéraux ?
Si de tels montages financiers permettent de réaliser des ambitions politiques rapides, ils s’opèrent au prix d’un engagement sur les recettes futures de l’État. Autrement dit, une souveraineté immédiate financée par une dépendance différée.
Et la question, au fond, reste entière : comme d’habitude, le Gabon va-t-il hypothéquer sa part de dividendes sur dix ans pour financer une participation qui, malgré son importance symbolique, demeure largement marginale dans les équilibres de pouvoir réels du groupe Eramet ?






