Quelques jours avant cette conférence de presse, le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’était exprimé sur France 24 au sujet de l’arrestation de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze. Interrogé sur un possible lien entre le pouvoir politique et la procédure judiciaire engagée contre l’opposant, le chef de l’État avait estimé que lorsque Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen font face à des poursuites judiciaires en France, personne n’en tient Emmanuel Macron pour responsable, et s’était interrogé sur les raisons pour lesquelles il en irait différemment en Afrique.
C’est à cette déclaration que Me Thierry Nguia, conseil d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, a entendu répondre lors de sa prise de parole devant la presse.
« Comparaison n’est pas raison »
Pour l’avocat, la comparaison avec les affaires Sarkozy et Le Pen ne résiste pas à l’examen des faits. Il a d’emblée rappelé un point qu’il estime décisif : « Jamais Nicolas Sarkozy n’a été placé en détention préventive. Pareillement, jamais Marine Le Pen n’a été placée en détention préventive. Les affaires pénales qui les concernent ont fait l’objet d’enquêtes qui ont duré à peu près une dizaine d’années. Au cours desquelles, les droits de la défense ont été respectés. »
Selon Me Nguia, Alain-Claude Bilie-By-Nze est détenu depuis plus de cinquante et un jours sans avoir été entendu au fond par le juge d’instruction, là où Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont bénéficié de procédures longues, contradictoires, sans placement en détention provisoire.
Une arrestation aux circonstances différentes
L’avocat a également relevé les circonstances de l’interpellation de son client, qu’il juge sans équivalent avec les procédures françaises : « On n’a pas pris Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen alors qu’ils sortaient de leur domicile, enlevés — si j’ose dire, kidnappés — par des personnes encagoulées, et puis quelques jours après, moins de deux jours après, placés sous mandat de dépôt. Sans avoir, au demeurant, été assistés par leurs avocats lors de leur comparution devant le juge d’instruction. Ça ne s’est pas passé comme ça. Donc comparaison n’est pas raison. »
Une différence institutionnelle soulevée
Me Nguia a par ailleurs attiré l’attention sur une différence de nature institutionnelle entre les deux pays : « Le chef de l’État est président du Conseil supérieur de la magistrature. En France, M. Macron n’est pas président du Conseil supérieur de la magistrature. Donc il ne faut pas comparer ce qui est incomparable. »
Sur la question de savoir si le sommet de l’État avait été informé de l’arrestation, l’avocat a déclaré :
« Nous sommes un pays d’à peu près deux millions et quelques habitants. Il est quand même assez peu crédible que lorsqu’un ancien Premier ministre, chef de gouvernement, est interpellé par les services de renseignement de la Gendarmerie nationale — services qui dépendent directement du président de la République — que celui-ci n’ait pas été informé. Pareillement, il est peu crédible que le sommet de l’État n’ait pas été informé de l’arrestation d’un président de parti politique, lequel est arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle du pays. »
Puis, en réaction aux déclarations du président Oligui Nguema sur France 24 : « Je pense que le sommet de l’État est au courant de ce qu’il se passe, naturellement. »
La situation carcérale au Gabon
Me Nguia a également évoqué la réalité des prisons gabonaises, en citant les conclusions de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies : « Ce n’est pas que moi qui le dis. C’est la Commission des droits de l’homme de l’ONU, basée à Genève, qui l’a dit en présence de l’ambassadeur du Gabon et de hauts fonctionnaires du ministère de la Justice. Devant les représentants de notre pays, l’ONU a indiqué que près de 80 % des prisonniers dans notre pays ne sont pas jugés. Ce qui est une situation insupportable et inacceptable. »
Et d’ajouter : « On a l’impression que sur le plan pénal, sur le plan des libertés, la détention au Gabon est devenue le principe, et la liberté, l’exception. Le principe, ça doit être la liberté. Ce n’est pas ce que nos textes prévoient. »
Les conditions de détention
En fin de conférence, Me Nguia a évoqué l’état de santé de son client et ses conditions d’incarcération : « M. Alain-Claude Bilie-By-Nze est très courageux, très fort, un moral d’acier. Mais il ne va pas bien. Parce qu’il est dans une cellule aveugle. C’est-à-dire qu’il ne sait pas quand il fait jour ou quand il fait nuit. C’est une sédentarisation totale. Et une sédentarisation totale peut être susceptible d’affecter la santé autant physique que mentale d’un détenu. »
L’avocat a rappelé les engagements internationaux du Gabon en matière de droits des détenus : « Les prisonniers ont des droits. Ce n’est pas parce qu’on est détenu qu’on n’a plus de droits. Les conventions que notre pays a signées indiquent qu’un détenu, même à titre provisoire, a le droit de bénéficier d’une promenade, de pratiquer un peu de sport. Et notre pays s’y est engagé. Nous voulons que les droits de notre client soient au moins respectés. »
Me Nguia a conclu en réaffirmant la position de la défense sur le fond du dossier : « Efforçons-nous de garder à l’esprit ce que les textes, ce que le législateur a lui-même posé. La loi est la boussole de tout le monde, surtout des juridictions. Et si on s’en tient à la loi, il n’a plus rien à faire à la maison d’arrêt. »







