L’histoire bégaye-t-elle pour l’institution de débarcadère ? Pour les observateurs avertis, les tensions récentes rappellent étrangement les événements qui ont secoué la fédération il y a treize ans. L’actualité immédiate s’est cristallisée autour du rendez-vous manqué du 18 avril à Mouila, où devait se tenir l’élection du président et de son bureau. Dans ce contexte de fronde, Pierre-Alain Mounguengui, seul candidat en lice, briguait un quatrième mandat après l’éviction de ses rivaux, à l’instar de Darneau Essia Ndong ou d’Axel Nguema Edou, dont les candidatures avaient été rejetées. Face à de nombreux griefs portant notamment sur des violations flagrantes des statuts, le ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, a dû se résoudre à suspendre le processus électoral, figeant ainsi une situation qui n’est qu’un écho du passé.
À l’époque déjà, une crise de légitimité et des blocages statutaires similaires avaient plongé la fédération dans un abîme juridique, débouchant sur une décision historique du Comité d’Urgence de la FIFA le 8 avril 2013 : la nomination d’un Comité de Normalisation. Cette mesure de dernier recours faisait suite à l’invalidation des élections du 27 mars 2013. À l’origine de cette sanction, l’instance internationale pointait du doigt des manquements graves, notamment des réserves majeures sur le changement des statuts et l’utilisation de textes contradictoires lors du scrutin. Le blocage était alors total, mettant en cause la gestion de l’équipe sortante dirigée par Placide Engandzas, dont la légitimité était contestée par une partie des membres.
Dès le début de cette année charnière de 2013, les signes avant-coureurs étaient pourtant visibles. Dans une correspondance officielle, Markus Kattner, alors Secrétaire Général adjoint de la FIFA, rappelait déjà au bureau de Placide Engandzas que le mandat du comité exécutif était en principe échu. L’instance zurichoise s’inquiétait de l’absence d’une réflexion commune sur les dispositions fondamentales de la fédération. Faute d’entente entre les acteurs locaux, Jérôme Valcke, alors Secrétaire Général, avait fini par acter la mise sous tutelle pour organiser une révision profonde des textes et de nouvelles élections.
Ce rappel des faits démontre que les maux dont souffre la Fegafoot aujourd’hui — mandats contestés, éviction des rivaux et fragilité des processus électoraux — s’inscrivent dans une forme de répétition chronique. En 2013, l’incapacité des dirigeants à s’accorder sur des règles transparentes avait conduit à une perte de souveraineté au profit de la FIFA. Aujourd’hui, alors que le processus électoral est à l’arrêt, l’exemple de ce précédent sert de mise en garde : quand les acteurs du football gabonais refusent de tirer les leçons du passé, la normalisation devient une route déjà tracée par l’histoire.







