Par Guillou Bitsutsu-Gielessen
Le chalenge du septennat d’Oligui Nguema ne sera pas uniquement le remboursement de la dette. Il sera, de manière plus structurelle et plus déterminante, celui de l’accès à l’énergie. Car il n’y aura pas de transformation économique réelle sans une transformation énergétique préalable.
Le Gabon s’est engagé dans une ambition historique : transformer sur son propre sol ses ressources minérales d’ici 2029. Cette orientation marque une rupture avec des décennies d’exportation de matières premières brutes, notamment le manganèse et plus tard le fer. Mais entre l’intention politique et la réalité industrielle, une équation demeure centrale : celle de l’énergie.
L’énergie est le moteur silencieux de toute industrialisation. Sans elle, aucune usine de transformation ne peut fonctionner durablement, encore moins des complexes métallurgiques aux exigences énergétiques élevées. Or, les gisements miniers se situent souvent dans des zones enclavées, éloignées des grands centres de production et de distribution électrique, tandis que les infrastructures nationales, notamment celles du réseau public, montrent déjà leurs limites en matière de couverture et de stabilité.
Dans ce contexte, une solution pragmatique s’impose progressivement : l’autonomie énergétique des sites d’exploitation. En investissant sur chaque site industriel avec leurs moyens propres sur leurs capacités de production — qu’elles soient thermiques, solaires, hydroélectriques ou hybrides — les opérateurs garantissent par l’énergie produite, la continuité de la production industrielle. Il s’agit d’une réponse à une contrainte structurelle d’énergie.
Mais cette autonomie énergétique des industries extractives ne doit pas devenir un piège. Le risque serait de voir émerger des “îlots de prospérité énergétique”, puissants, efficaces, mais totalement déconnectés des territoires environnants. Une enclave industrielle alimentée en énergie, au milieu de populations toujours privées d’électricité, serait une contradiction politique difficilement soutenable.
C’est pourquoi l’État doit aller au-delà de la logique de production autonome. Il doit imposer une doctrine de partage énergétique. Cette exigence pourrait être inscrite comme une clause non négociable dans le futur Code minier.
L’idée est simple mais structurante : instituer un véritable Contrat de Partage de Puissance. Les compagnies minières ne produiraient plus uniquement pour leur propre consommation, mais seraient tenues de dimensionner leurs infrastructures afin de générer un surplus énergétique destiné aux populations locales.
Ainsi, à la frontière des sites d’exploitation, une partie de l’électricité produite serait injectée vers les communautés environnantes. L’État, quant à lui, assurerait la distribution via ses propres infrastructures, en garantissant à la fois l’équité tarifaire et la maintenance du réseau.
Dans ce schéma, l’investissement privé reste concentré sur la production, mais la distribution demeure un monopole public. Ce choix n’est pas anodin : il constitue une garantie de souveraineté énergétique et évite toute captation directe de l’accès à l’électricité par des opérateurs privés.
Pour rendre ce modèle viable socialement, un autre levier devient essentiel : la subvention du prix de l’électricité. Grâce aux taxes et redevances issues de l’exploitation minière, l’État pourrait mettre en place un tarif social de l’énergie destiné aux ménages les plus modestes. Il s’agirait alors d’un mécanisme de redistribution directe de la richesse extractive vers le pouvoir d’achat des citoyens.
L’État ferait ainsi d’une pierre trois coups : transformer localement les ressources du sous-sol, améliorer l’accès à l’électricité et réduire le coût de la vie.
Les bénéfices d’un tel modèle seraient multiples. D’abord, une électrification accélérée des zones rurales et enclavées, souvent exclues des dynamiques de développement. Ensuite, l’émergence d’un tissu économique local plus dynamique, porté par les petites entreprises, l’artisanat et les services. Enfin, une stabilisation sociale autour des zones minières, en réduisant les tensions liées aux inégalités d’accès aux ressources.
Le Gabon de demain ne pourra pas se limiter à être un simple exportateur de minerais transformés. Il devra devenir une nation où chaque site industriel devient aussi un point de diffusion du développement. Là où la terre produit des richesses, l’énergie devra désormais produire du bien-être.
C’est à cette condition que la transformation minérale annoncée pourra réellement devenir une transformation nationale.







