Dans un contexte de restriction sévère de liquidités, la question centrale demeure : comment financer le développement sans provoquer un choc économique ni aggraver le risque de défaut ? L’auteur décrit une trajectoire budgétaire fragilisée par un déficit public chronique, où la volatilité des revenus pétroliers et la rigidité des dépenses ont progressivement réduit les marges de manœuvre de l’État.
Pour illustrer cette dérive, il recourt à une métaphore évocatrice : celle d’un voyageur dont le désert « s’est avéré plus aride que prévu », alourdi par des « bagages inutiles ». Cette image traduit la dégradation du solde budgétaire et l’accumulation de charges difficilement soutenables.
Le pays se retrouve ainsi pris dans une « spirale de refinancement », où le capital mobilisé « ne finance plus le futur, mais sert uniquement à éviter l’effondrement sous le poids du passé ». À ce stade, le constat est sans équivoque : l’État « ne mène plus de politique indépendante, il survit par la perfusion financière ».
Face à ce « risque de chute » et au « choix brutal entre l’austérité radicale ou le défaut de paiement », Joel Patient Mbiamany N’tchoreret propose une « stratégie de rupture » à travers le Plan d’Action « MED » (Mobilisation de l’Épargne Domestique). L’ambition est claire : substituer une « dette exogène et volatile » par une « dette endogène et stable ».
Cette approche repose sur l’exploitation d’un « trésor dormant » : l’épargne des citoyens gabonais. Bien que 61 % de la population épargne, une « puissance financière immense échappe au circuit productif » en restant confinée dans l’informel. Sa mobilisation apparaît dès lors comme un levier stratégique.
Au-delà de sa dimension économique, cette orientation est présentée comme un acte de souveraineté. Il s’agit de « transformer l’argent des cercles familiaux et les transferts de la diaspora en routes, en écoles et en hôpitaux ». En devenant son propre créancier, le Gabon pourrait instaurer un mécanisme vertueux dans lequel « les intérêts de la dette ne sont plus exportés, mais réinjectés dans la consommation nationale ».
« Plus qu’une manœuvre budgétaire, cette mobilisation constitue l’acte de naissance d’une autonomie politique retrouvée, bâtie sur le socle solide de la solidarité nationale », soutient l’auteur.
Pour garantir la viabilité de ce modèle, il appelle toutefois à une « réduction radicale de l’asymétrie d’information », notamment par la création d’un « Comité de Surveillance Citoyen, garantissant l’orthodoxie budgétaire ». Un tel dispositif permettrait de transformer le « créancier passif » en « investisseur patriotique », en associant rentabilité financière et utilité sociale.
À travers cette « reconfiguration structurelle de la relation entre l’État, le citoyen et le capital », le Gabon pourrait, selon lui, s’affranchir des « diktats des capitaux volatils » et se prémunir contre le risque de change en finançant son développement en monnaie locale.







