Longtemps perçues comme des monologues dictés par Washington, les orientations économiques du FMI au Cameroun semblent prendre une coloration plus endogène. Cette évolution notable dans le dialogue entre les milieux intellectuels nationaux et les institutions financières internationales marque une étape clé. C’est le laboratoire d’idées présidé par Me Jacques Jonathan Nyemb qui insuffle aujourd’hui ce vent de réforme, après avoir partagé son plaidoyer lors de la conférence annuelle du MINEPAT en janvier 2026 au Palais des Congrès.
L’influence de The Okwelians s’articule autour de piliers stratégiques qui ont convaincu les experts du Fonds. L’adoption d’une feuille de route d’équilibrage budgétaire, conceptualisée sous l’appellation « Performance Publique 5.0 », prône une gestion résolument axée sur les résultats. Cette approche, qui épouse les standards internationaux, vise à renforcer la culture de la redevabilité au sein de l’administration camerounaise par une évaluation partagée des investissements et une généralisation de la budgétisation par programmes.
Parallèlement, la mise en place d’un programme d’investissements en infrastructures multimodales de transport cherche à désenclaver les territoires. En créant des corridors logistiques intégrés, des hubs numériques régionaux et des connexions énergétiques transfrontalières, le projet ambitionne de réduire les coûts de transaction qui pèsent sur la compétitivité des entreprises locales dans un contexte d’intégration régionale accrue.
Enfin, la création d’un fonds public-privé dédié à l’industrialisation durable complète ce dispositif. Ce mécanisme, combinant garanties publiques ciblées et critères ESG exigeants, se concentre sur les PME manufacturières afin de stimuler la création d’emplois qualifiés et d’accroître la valeur ajoutée locale, réduisant ainsi la dépendance historique du pays aux exportations de matières premières.
Un modèle d’inspiration pour la sous-région et le Gabon
Cette percée de l’intelligence camerounaise retentit bien au-delà des frontières nationales et dessine un modèle de collaboration qui devrait inspirer les pays voisins. Le cas camerounais arrive d’ailleurs à point nommé pour le Gabon, alors que des experts du FMI s’apprêtent à séjourner à Libreville du 25 février au 6 mars prochain. L’exemple de The Okwelians démontre qu’une société civile structurée et force de proposition peut transformer le diagnostic international en un véritable plan d’action souverain. Alors que des discussions informelles entre le Gabon et l’institution financière débutent demain, la réussite camerounaise souligne l’urgence pour les think tanks de la sous-région de s’inviter à la table des négociations pour porter des réformes adaptées aux réalités du terrain.
Ce rapprochement entre le FMI et la société civile intellectuelle camerounaise n’est pas le fruit du hasard. En 2025, le dynamisme de la réflexion stratégique nationale avait déjà été salué par l’organisation internationale On Think Tanks, classant The Okwelians et le Nkafu Policy Institute parmi les 100 think tanks mondiaux à suivre. Cette distinction a hissé le Cameroun parmi les rares pays à compter deux de ses laboratoires d’idées dans cette sélection mondiale, renforçant sa visibilité dans le débat stratégique global. « C’est le signe que la société civile est une voix crédible. C’est aussi la preuve qu’une nouvelle collaboration peut porter ses fruits entre l’État, le secteur privé, la société civile et les partenaires internationaux », observe Thierry Roland Tabi, directeur des partenariats du think tank.
Si l’intégration de ces recommandations dans le rapport préliminaire constitue un signal d’écoute fort, le véritable test de mise en œuvre aura lieu en mars 2026. C’est à cette date que le Conseil d’administration du FMI devra examiner officiellement ces orientations. Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse le simple cadre comptable : il s’agit de valider un modèle où les solutions aux défis nationaux sont désormais pensées à Yaoundé avant d’être discutées à Washington.










