Le débat sur les recettes publiques revient au premier plan au Gabon. Réuni le 8 juillet 2026 avec les directeurs généraux des régies financières, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a placé la mobilisation des ressources de l’État au centre des discussions.
Selon la presse présidentielle, cette rencontre s’inscrit dans « une démarche orientée vers les résultats, avec pour objectif de garantir à l’Etat les moyens nécessaires au financement des priorités nationales, tout en préservant la dynamique des grands projets de développement ».
Au-delà de l’annonce institutionnelle, l’enjeu économique est majeur : dans un contexte où les besoins d’investissement restent élevés, la capacité de l’État à améliorer ses recettes internes constitue un facteur déterminant pour financer les politiques publiques.
Les exonérations fiscales, entre attractivité économique et coût budgétaire
La décision la plus significative annoncée à l’issue de cette réunion concerne l’audit des exonérations fiscales et douanières.
Le chef de l’État a demandé « la réalisation d’un audit complet des exonérations, afin d’identifier celles qui demeurent justifiées et celles qui, arrivées à échéance, continuent de priver indûment l’Etat de ressources substantielles ».
Les exonérations fiscales constituent un outil classique de politique économique. Elles peuvent permettre d’attirer des investisseurs, soutenir certains secteurs stratégiques ou accompagner le développement de nouvelles activités. Au Gabon, plusieurs secteurs comme les mines, les hydrocarbures, l’agriculture, l’industrie ou les zones économiques spéciales ont bénéficié de mécanismes incitatifs destinés à favoriser l’investissement.
Des entreprises comme Comilog dans le secteur minier ou Olam Gabon dans l’agro-industrie ont évolué dans un environnement marqué par des politiques publiques d’accompagnement de l’investissement.
Mais pour les finances publiques, la question centrale reste celle du rapport entre le coût fiscal de ces mesures et leurs retombées économiques réelles. Une exonération peut représenter une perte immédiate de recettes pour l’État, mais être justifiée si elle génère suffisamment d’emplois, d’investissements ou de valeur ajoutée.
L’audit annoncé devra donc permettre de mesurer cet équilibre entre soutien à l’activité économique et préservation des ressources budgétaires.
Améliorer la collecte plutôt qu’augmenter uniquement la pression fiscale
La mobilisation des recettes ne dépend pas uniquement des règles fiscales. Elle repose également sur la capacité des administrations à collecter efficacement les ressources existantes.
Le président de la République a ainsi insisté sur « l’importance stratégique de la digitalisation et de l’interconnexion des administrations financières, en vue d’améliorer les performances de collecte, de renforcer la transparence et d’accroître l’efficacité de l’action publique ».
Pour les économistes, l’amélioration des outils de gestion, la réduction des pertes administratives et une meilleure coordination entre services peuvent constituer des leviers importants pour augmenter les recettes sans nécessairement alourdir la fiscalité.
La modernisation des administrations financières apparaît ainsi comme un chantier aussi important que la réforme des dispositifs fiscaux eux-mêmes.
La dette publique au cœur de l’équilibre financier
Autre volet abordé lors du Conseil de cabinet : la soutenabilité de la dette publique.
Le chef de l’État a demandé aux directeurs généraux des régies financières de mettre en œuvre « une stratégie rigoureuse de soutenabilité de la dette, destinée à consolider la crédibilité financière du Gabon auprès de ses partenaires et bailleurs de fonds ».
L’objectif est de trouver un équilibre entre le recours à l’endettement, nécessaire pour financer certains investissements, et la préservation des équilibres budgétaires.
La capacité du Gabon à mobiliser davantage de recettes internes pourrait ainsi réduire la pression exercée sur les financements extérieurs et renforcer sa marge de manœuvre économique.
Un suivi mensuel pour mesurer les résultats
Pour assurer le suivi de ces orientations, le chef de l’État a décidé que ce Conseil de cabinet se tiendra désormais chaque mois.
Selon la presse présidentielle, ces rencontres permettront d’évaluer « la mobilisation des recettes, l’exécution budgétaire et la gestion de la dette publique ».
Cette nouvelle méthode de pilotage traduit une volonté de suivre plus régulièrement les performances des administrations financières. Reste désormais à mesurer les résultats concrets de cette approche : évolution des recettes, efficacité des contrôles et impact réel sur les finances publiques.
Le chantier engagé pose donc une question centrale pour l’économie gabonaise : comment transformer le potentiel fiscal du pays en ressources durables capables de soutenir le développement tout en maintenant un environnement favorable aux investisseurs ?







