Une prise de parole placée sous le signe de la franchise
Avant d’aborder le fond de son propos, le parlementaire a tenu à expliquer la démarche qui l’animait. Revenant sur un épisode personnel, il a raconté qu’à l’âge de 16 ans, son meilleur ami avait interrompu sa scolarité. Quatre ans plus tard, alors qu’il était lui-même en deuxième année à la faculté des sciences de l’USTM, cet ami lui avait fait cette remarque : “Si tu étais un vrai ami, lorsque j’ai interrompu ma scolarité, tu aurais dû me dire que ce n’était pas bien.”
“J’ai été profondément affecté par cette observation, même si je trouvais son jugement injuste”, a confié le député. “Mais à partir de ce jour, je me suis fait la promesse de toujours dire à mes amis ce que je croyais être la vérité. Même si cela doit leur être déplaisant.”
“Une situation budgétaire et financière sans précédent”
S’adressant directement au ministre de l’Économie Thierry Minko et aux membres du gouvernement présents, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a déclaré : “La situation dans laquelle se trouvent les finances publiques de notre pays est catastrophique.” Il a ajouté : “Parce que tous ceux dont c’est le métier le savent, il est de notre responsabilité de tenir au pays, donc à chacun de nos compatriotes, un langage de vérité. Nous devons inviter la Nation à une prise de conscience collective et individuelle, particulièrement les plus hautes autorités de l’État.”
“Nous devons à la vérité de reconnaitre que notre pays se trouve dans une situation budgétaire et financière sans précédent”, a-t-il poursuivi, estimant que “les efforts des autorités de la Transition n’ont pas suffi au redressement du pays. Loin de là.”
Ancien parti d’opposition sous le régime déchu d’Ali Bongo Ondimba, l’Union Nationale s’est aujourd’hui repositionnée comme une formation alliée au parti présidentiel, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) — une trajectoire politique qui éclaire la tonalité à la fois critique et constructive de son intervention.
Des emprunts qui ne financent aucun investissement
Le député a livré des chiffres précis pour étayer son constat. “La loi de finances rectificative 2026, votée il y a quelques jours dans cet hémicycle, nous oblige à emprunter plus de 1 400 milliards de Fcfa”, a-t-il rappelé. “Ces emprunts ne financeront pas des investissements, ils sont sollicités pour équilibrer le budget.”
Il a précisé : “Ce recours à l’emprunt coutera au pays une charge financière de plus de 1000 milliards de Fcfa, au titre des seuls intérêts qui devront être remboursés au cours des dix prochaines années, soit l’équivalent de 1000 km de routes bitumées.” Sur ce terrain, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi parle en connaissance de cause : il a occupé le poste de directeur général de la Dette pendant la Transition, et s’exprime ainsi sur un sujet qu’il connaît de l’intérieur, ayant été directement associé à la gestion de l’endettement public gabonais durant cette période.
“De même, rien que pour couvrir ses tensions de trésorerie, l’État devra supporter cette même année près de 100 milliards de Fcfa d’intérêts et autres frais bancaires”, a-t-il ajouté. “Cela représente deux fois le budget de la Justice et cinq fois celui de l’Assemblée Nationale.” Et de conclure sur ce point : “La réalité est celle-là.”
“Dire que le Gabon est un pays riche est le contraire de la vérité”
“Dire que le Gabon est un pays riche est le contraire de la vérité”, a affirmé le député. “Notre pays a des ressources, d’énormes ressources. Notre pays a un potentiel humain considérable et de nombreux talents. Mais pour transformer nos ressources en richesses, nous devons inviter notre potentiel humain et nos talents au dépassement, au sacrifice.”
Il a insisté : “Nous devons regarder la réalité en face, consentir les efforts, et même les renoncements nécessaires pour assainir nos finances publiques et retrouver ainsi les marges de manœuvre nécessaires pour la reconstruction de notre pays.”
Un appel à l’assainissement plutôt qu’aux solutions de facilité
S’adressant de nouveau au ministre de l’Économie, le député a voulu insuffler une note d’optimisme : “Ensemble, nous pouvons relever ce défi qui se présente à nous. Nous ne manquons ni de compétences, notre pays en a, ni de légitimité politique, Brice Clotaire Oligui Nguéma a été plébiscité il y à peine un an.”
“Le président de la République a été porté à la tête de notre pays avec le soutien effectif de la totalité des forces politiques présentes dans cet hémicycle”, a-t-il poursuivi. “Le peuple Gabonais, dans sa quasi-totalité, adhère à son ambition pour le Gabon et lui a confié notre destin. Les femmes et les hommes portés aux responsabilités pour réaliser cette ambition pour le Gabon doivent se hisser au niveau des enjeux. C’est ce que le pays attend aujourd’hui de ses gouvernants.”
Il a ensuite formulé ce qu’il considère comme un préalable incontournable : “Un profond assainissement de nos finances publiques est le préalable à la mise en œuvre de toute stratégie de développement. Plus que tout, il est impératif et urgent de débarrasser notre pays du lourd endettement qui rend impossible toute politique budgétaire. Nous devons faire preuve de courage et renoncer aux solutions de facilité que sont le refinancement ou le rééchelonnement.”
Il a conclu son intervention par un avertissement sans appel : “Ces solutions ont montré leurs limites au Gabon comme ailleurs. Et à chaque fois, le résultat est le même, elles font la fortune de nos créanciers mais ne sont jamais une solution durable pour notre pays.”







