Un audit n’est jamais anodin lorsqu’il touche à l’entreprise stratégique d’un pays produisant 200 000 barils par jour. À la Gabon Oil Company (GOC), cette inspection intervient alors que la rigueur de gestion des sociétés d’État est sous le feu des projecteurs. Au-delà des aspects techniques, les enjeux portent sur des flux financiers de plusieurs centaines de milliards de FCFA.
Créée en 2011, la GOC a vu son rôle s’accélérer. Longtemps cantonnée à des participations minoritaires de 10 % à 25 % dans les contrats de partage de production, elle a changé d’échelle en faisant jouer son droit de préemption pour le rachat des actifs d’Assala Energy. Cette transaction estimée à 1,3 milliard de dollars (780 milliards de FCFA) en a fait le deuxième producteur du pays avec plus de 40 000 barils par jour, juste derrière TotalEnergies.
Cette expansion renforce la souveraineté économique du Gabon, mais pose une question centrale : la compagnie dispose-t-elle de la rigueur opérationnelle et financière nécessaire pour porter de tels engagements ?
Trésorerie, dette et le précédent SEEG
Dans une industrie où les investissements et les charges d’exploitation se comptent en dizaines de millions de dollars (soit plusieurs dizaines de milliards de FCFA) par gisement, l’audit doit clarifier la traçabilité des contrats d’attribution, la gestion des créances croisées avec l’État et les traders internationaux, ainsi que le schéma de remboursement de la dette contractée pour les récentes acquisitions.
Le spectre de l’audit de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) — qui avait révélé un passif lourd de plus de 150 milliards de FCFA (environ 250 millions de dollars) — rappelle que ces opérations de contrôle peuvent mener à de profonds remaniements. Les marchés guettent désormais l’issue : simple remise aux normes comptables, révision des contrats de trading ou restructuration de la direction.
Pour le Gabon, qui vise le maintien d’une production nationale à 10 millions de tonnes par an, la crédibilité de la GOC est essentielle. Les bailleurs internationaux comme le FMI ou la Banque mondiale et les investisseurs privés perçoivent cet audit comme un test de transparence.
La valeur réelle de l’exercice résidera dans la publication de ses conclusions et les décisions qui en découleront. Si la gestion est validée, la signature financière de la GOC en sortira renforcée. Si des faiblesses sont révélées, la capacité de l’État à y remédier rapidement sera le véritable moment de vérité.







