C’est à Port-Gentil, loin des couloirs de la capitale, que s’est scellé le sort de celui qui fut, il y a un an à peine, l’un des visages les plus en vue de la justice gabonaise. Réuni en session plénière sous la présidence du chef de l’État, garant statutaire de l’indépendance de la magistrature, le Conseil supérieur a entériné la sanction la plus lourde qui soit. La présidence s’est bornée à indiquer avoir « pris acte des décisions prononcées », sans lever le voile sur les noms. Dans la foulée, Alain-Georges Moukoko a été nommé pour le remplacer à la tête du parquet général de Libreville.
Cette sanction est l’aboutissement d’une procédure entamée le 9 juin 2026, avec une suspension provisoire de trois mois signée du garde des Sceaux Augustin Emane, sur fond de soupçons de malversations financières liées à un homme d’affaires chinois et d’accusations d’ingérence judiciaire, notamment dans le dossier des bons de caisse de l’Éducation nationale.
Cette radiation n’a d’ailleurs rien d’irrévocable : le statut des magistrats lui laisse quinze jours pour saisir le Conseil d’État, seule juridiction compétente pour en apprécier la légalité.
L’enjeu dépasse aussi le seul plan disciplinaire. Tant qu’il conservait son statut de magistrat, Eddy Minang bénéficiait de protections qui encadrent strictement toute poursuite à son encontre. À ce jour, il convient de le souligner, aucune procédure pénale n’a été ouverte et l’ancien procureur général demeure présumé innocent. Certains évoquent plusieurs dossiers susceptibles, en théorie, de nourrir d’éventuelles poursuites si sa radiation venait à être confirmée définitivement.
Docteur en droit de Paris-Panthéon-Assas, ancien magistrat à Franceville devenu procureur général à Libreville, Minang s’était imposé en novembre 2025 comme la voix la plus marquante de l’accusation au procès Bongo, réclamant vingt ans de prison.







