D’emblée, Me Thierry Nguia a posé le cadre de cette prise de parole, motivée selon lui par deux raisons. « Cela fait désormais cinq mois, jour pour jour, que Monsieur Alain Claude Bilie By Nze est emprisonné sans raison », a-t-il déclaré, précisant que l’intéressé serait officiellement poursuivi pour une prétendue escroquerie et un abus de confiance portant sur un montant de cinq millions de francs CFA. Seconde raison, plus intime : ce mercredi coïncide avec l’anniversaire du détenu.
Deux circonstances que l’avocat relie à une seule interrogation. « Deux circonstances qui pourraient sembler distinctes, mais qui nous invitent en réalité à poser une même question : quelle place accordons-nous à la dignité humaine, aux droits de la défense et à la justice dans notre pays ? »
Le conseil a laissé poindre l’émotion. En ce jour particulier, la défense aurait voulu retrouver un homme libre. « Nous aurions naturellement souhaité partager ce jour avec lui comme avec un homme entouré des siens, libre de recevoir les témoignages d’affection de sa famille, de ses proches et de ceux qui lui sont attachés », a confié Me Nguia.
Mais l’heure n’était pas aux célébrations. « Aujourd’hui, alors que nous célébrons son anniversaire, une question demeure entière : qu’a-t-on fait de ces cinq mois d’instruction et de prison ? » La réponse de l’avocat tient en trois mots. « Rien et absolument rien. »
Me Nguia a rappelé la mission qui est la sienne. « Notre rôle d’avocat n’est pas de rendre la justice mais de veiller à ce que la procédure soit respectée et que les droits de notre client soient effectivement garantis », a-t-il souligné. Or, cinq mois après l’incarcération, la défense dit constater une situation qui « ne peut nous laisser silencieux ».
Le conseil a parlé de « cinq mois de blocage ». « Rien ne bouge alors que la plaignante a été entendue depuis le début de la procédure », a-t-il relevé. Les initiatives de la défense seraient toutes restées lettre morte. « Toutes les demandes de liberté, de nullité, de prescriptions ont été rejetées, même la Cour de cassation s’est tue », a-t-il affirmé, avant de résumer : « Toutes les procédures sont bloquées. »
La défense assure avoir demandé en vain que son client soit entendu par le juge d’instruction. La Chambre d’accusation, présentée comme le degré supérieur, n’aurait pas davantage joué « son rôle de gendarme ». « Nous respectons ces décisions », a assuré Me Nguia, avant d’ajouter : « Mais respecter les décisions ne signifie pas renoncer à poser des questions, après cinq mois de détention, surtout lorsque la situation de Monsieur Alain Claude Bilie By Nze n’a pas évolué. »
Deux interrogations, restées sans réponse, ont scandé la déclaration. « Que justifie son maintien en détention ? » « Combien de temps encore une personne peut-elle rester privée de liberté alors que la procédure qui doit justifier cette détention ne progresse pas ? »
L’avocat s’est défendu de solliciter la moindre faveur. « Nous ne demandons pas un service au juge d’instruction, ni à la Chambre d’accusation et encore moins à la Cour de cassation », a-t-il martelé. « Nous demandons juste le respect strict de la loi. »
Pour la défense, la ligne rouge est nette. « Une détention préventive ne peut pas devenir une peine avant jugement, elle ne peut pas devenir une situation indéfinie », a averti Me Nguia, rappelant que son client « demeure présumé innocent ».
Au terme de sa déclaration, le conseil a lancé un appel solennel. La défense entend interpeller les autorités judiciaires afin que la procédure avance et que la situation de l’ancien Premier ministre soit « réexaminée dans la stricte rigueur de la loi, en le libérant tout simplement ».
Le dernier mot est allé à l’homme. Ses conseils lui ont souhaité « un joyeux anniversaire malgré tout » et ont formé le vœu qu’il « sorte de prison dans les meilleurs délais possibles ».
Le détenu n’est pas un justiciable comme les autres. Alain-Claude Bilie-By-Nze fut le dernier Premier ministre d’Ali Bongo, nommé le 9 janvier 2023 pour un peu plus de sept mois à la primature, avant d’être emporté par le coup d’État du 30 août 2023. Candidat à la présidentielle du 12 avril 2025, il termine deuxième avec 3,11 % des suffrages, loin derrière Brice Clotaire Oligui Nguema, crédité de 94,85 %, avant de s’imposer comme le principal opposant, multipliant les critiques contre le gouvernement, de la taxe sur l’habitation à la suspension des réseaux sociaux. Depuis son incarcération, sa famille politique, le parti Ensemble pour le Gabon (EPG), a toujours rejeté les accusations visant son président.
Arrêté en avril, Alain-Claude Bilie-By-Nze reste à ce jour détenu, dans l’attente d’une évolution de son dossier. À ce stade, aucune procédure judiciaire n’a établi de responsabilités individuelles, et les faits qui lui sont reprochés demeurent au stade de l’instruction. Les propos tenus lors de cette déclaration n’engagent que leurs auteurs.







