C’est un discours de la preuve, davantage que de la promesse, que le président Brice Clotaire Oligui Nguema a adressé à ses compatriotes à la veille du 66e anniversaire de l’indépendance. Reprenant, en ouverture, les mots par lesquels Léon Mba proclamait en 1960 la naissance de la République gabonaise, le chef de l’État a inscrit la célébration de 2026 dans une continuité tout en affirmant la nécessité de « refonder » le pays pour le hisser « à la hauteur des exigences de son temps ».
Le ton, d’emblée, se veut sans fard. « Un État responsable regarde la réalité en face, dit la vérité à son peuple et agit », a-t-il déclaré, annonçant qu’il n’entendait dissimuler « ni nos progrès, ni nos difficultés ». La formule donne le tempo d’une allocution qui alterne l’affichage des réalisations et l’aveu des carences.
Une diplomatie revendiquée « offensive »
Sur le plan extérieur, le président a défendu le bilan de trois années d’activisme diplomatique, du continent africain à l’Asie en passant par l’Europe et les Amériques. Sa récente visite en Europe et sa tournée ouest-africaine ont, selon lui, marqué « une étape majeure » de cette « diplomatie offensive », dont il a tenu à préciser qu’elle ne visait ni le protocole ni les applaudissements, mais l’obtention de « résultats concrets » : accords d’investissement pour moderniser les infrastructures, engagements de consolidation des finances publiques et appui à la transformation de l’économie.
Le message adressé aux partenaires du Gabon est resté constant : coopération, oui ; dépendance, non. « Nous voulons […] des partenariats d’égal à égal », a martelé Oligui Nguema, liant explicitement l’indépendance économique recherchée à l’amélioration « significative » des conditions de vie des Gabonais.
Le catalogue des chantiers, cœur de la célébration
Le président a longuement égrené les réalisations qu’il porte au crédit de son mandat : palais des congrès Omar Bongo Ondimba, réhabilitation du Mémorial Léon Mba, esplanade Georges Damas Aleka, cité administrative Émeraude, hôtel des Affaires étrangères Maison Jean Ping, états-majors de la marine nationale et des sapeurs-pompiers, centres de santé de la Peyrie, d’Akébé et de Bikélé, entre autres. Autant de chantiers dont il assure qu’ils « commencent à porter leurs fruits ».
Cette 66e édition, a-t-il souligné, marque « une rupture avec les célébrations passées » : pour la première fois, la fête nationale ne se limite plus à la parade militaire mais s’étend sur plusieurs jours, ponctuée d’inaugurations d’infrastructures présentées comme la matérialisation de ses engagements. Le chef de l’État a rappelé que plusieurs de ses homologues de la sous-région, reçus récemment à Libreville, en avaient salué « la qualité et l’ambition ».
C’est dans ce contexte qu’il a formulé une ambition d’envergure : accueillir un prochain sommet de l’Union africaine, présenté non comme une « opération de prestige » mais comme la démonstration de la stabilité et de la capacité d’organisation du pays.
Jeunesse, formation et le pari du continent
« Notre première richesse demeure notre jeunesse », a insisté le président, qui a fait de la formation et de l’employabilité un fil conducteur de son propos. Il a appelé entrepreneurs et établissements à investir le secteur hôtelier, annonçant la poursuite de la construction de l’université polyvalente du Cap Estérias — dont une partie des programmes sera dédiée aux métiers de l’accueil et du service — pour une rentrée effective à la prochaine année universitaire.
Évoquant la révision, dans certains pays occidentaux, des conditions d’accueil réservées aux étudiants étrangers, il a plaidé pour que le Gabon ne « subisse » pas cette évolution mais y réponde en consolidant ses propres établissements et en se tournant « avec confiance » vers les universités d’excellence du continent. « L’Afrique ne doit pas être un choix par défaut », a-t-il affirmé, invitant la jeunesse à la persévérance : « Là où commence le désespoir de certains, arrive la victoire des persévérants. »
L’aveu sur l’eau et l’électricité
C’est peut-être sur ce terrain que le discours a le plus tranché avec l’exercice convenu. Reconnaissant que « la situation vécue par de nombreux ménages n’est pas acceptable », le président a dit connaître « les coupures » et « l’impatience des familles, des commerçants et des entreprises ». Tout en assurant que les objectifs seraient atteints, il a désigné le transport et la distribution comme la nouvelle priorité, jugeant vain de « produire davantage » si les réseaux demeurent « fragiles, saturés ou mal entretenus ».
Il a toutefois assorti ce constat d’un rappel à la responsabilité collective, dénonçant le non-paiement des factures, le sabotage et le « laxisme », et invitant les investisseurs « sérieux » à se positionner sur ce marché stratégique ouvert aux acteurs privés.
Civisme, chantiers abandonnés et menace de réquisition
Dans la perspective d’une capitale « plus attractive », Oligui Nguema a lié l’ambition nationale à l’exigence civique, « qui commence devant notre porte ». Il a réservé son avertissement le plus ferme aux propriétaires d’immeubles et de chantiers inachevés bordant les grands axes de Libreville : après mises en demeure, l’État se dit prêt à prendre, « dans le strict respect de la Constitution et du droit de propriété », des mesures de réquisition pour cause d’utilité publique sur les sites durablement abandonnés.
Le chef de l’État a par ailleurs salué le « professionnalisme » et l’« esprit patriotique » des forces de défense et de sécurité, « rempart silencieux » de la souveraineté nationale, et invité la diaspora à contribuer davantage au rayonnement du pays, assurant à ceux qui souhaitent y investir « un accueil » à la hauteur de leur potentiel.
Rappelant qu’en 1960 les aînés avaient conquis l’indépendance politique, le président a assigné à la génération actuelle le devoir de lui donner « toute sa force économique, sociale, énergétique et humaine ». « Je ne vous dirai pas que le chemin sera facile », a-t-il conclu, promettant d’exiger « des corrections » là où il y aurait des retards et l’établissement des responsabilités « là où il y aura des fautes », avant les traditionnels vivats à la Ve République et à un « Gabon uni, souverain et prospère ».
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