Un siège au conseil de l’UIT en ligne de mire
La première échéance se joue à Doha, en novembre 2026, où se tiendra l’élection au conseil de l’Union internationale des télécommunications. Le Gabon y présente sa candidature, et c’est à ce titre que le président gabonais s’est informé directement à son hôte : « Je sollicite en cette occasion votre bienveillante attention sur votre qualité de président du bureau africain des télécommunications, afin d’appuyer la candidature du Gabon au conseil de l’Union internationale des télécommunications lors de l’élection prévue en novembre 2026. » La formule n’a rien d’anodin : en interpellant Félix-Antoine Tshisekedi sur ce registre précis, Oligui Nguema active un canal d’influence proprement continental, celui des instances africaines des télécommunications, pour peser sur un examen international où chaque voix, et chaque soutien affiché publiquement, compte.
Libreville brigue le sommet du cinquantenaire
La seconde requête vise un rendez-vous plus symbolique encore : l’organisation, en 2027, du sommet de l’Union africaine. « Je voudrais également solliciter le soutien de votre pays dans le cadre de la candidature du Gabon pour abriter le sommet de l’Union africaine en 2027 » , a lancé le chef de l’État gabonais. Le choix de la date n’est pas neutre. En 1977, le Gabon d’Omar Bongo avait accueilli le 14e sommet de l’Organisation de l’unité africaine, l’ancêtre de l’Union africaine ; 2027 marquerait donc, cinquante ans plus tard, un retour de Libreville sur le devant de la scène continentale. Oligui Nguema avait auparavant lancé cette candidature le 11 mai dernier, lors du sommet Africa Forward à Nairobi, mettant en avant les atouts du pays : un nouveau Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba tout juste livré, et une légitimité historique que Libre entendville faire valoir face à un concurrent de poids, le Kenya de William Ruto, également sur les rangs.
Une diplomatie de résultats plutôt que de représentation
En sollicitant ainsi, à visage découvert, l’appui d’un partenaire régional de premier plan, le pouvoir gabonais assume une méthode : transformer chaque rendez-vous bilatéral en occasion de consolider ses candidatures internationales. C’est ce que des diplomates gabonais résument par la formule d’une diplomatie « de résultats » plutôt que « de représentation » — une manière de dire que chaque visite d’État doit désormais produire des soutiens concrets, et pas seulement des poignées de principaux protocolaires. Le pari suppose en retour un investissement réciproque : le Gabon a lui-même appuyé, lors de cette même rencontre, la candidature de la Congolaise Juliana Lumumba au secrétariat général de la Francophonie, dans une logique d’échange de bons processus entre les deux capitales.
Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas démenti cette logique de réciprocité. Sans détailler publiquement sa réponse aux deux sollicitations gabonaises, il a réaffirmé, dans la même déclaration commune, la convergence de vues qui unit désormais Kinshasa et Libreville, un climat de confiance sur lequel Oligui Nguema met précisément pour transformer des soutiens de circonstance en votes acquis. Reste à savoir, d’ici novembre 2026 pour l’UIT et dans les mois qui suivront pour le sommet de l’Union africaine, si cette diplomatie de proximité affichée au bord de l’Atlantique se traduira, dans les urnes continentales, par les résultats que Libreville en espère.







