Une version officielle contestée depuis l’étranger
Depuis l’Europe, où séjourne l’ancien chef de l’État, son entourage dément catégoriquement les informations faisant état de la délivrance d’un passeport diplomatique. Proche collaborateur de l’ex-président, Ali Akbar Onanga Y’Obegue rejette toute ambiguïté :
« Je suis aux côtés d’Ali Bongo Ondimba. C’est un mensonge. Mais derrière ce mensonge, il y a un régime qui viole le droit, détourne l’attention et refuse d’honorer ses obligations depuis 30 mois ».
Selon lui, la controverse masque une réalité plus préoccupante : les conditions de départ et de séjour de l’ancien dirigeant.
« Le vrai scandale n’est pas ce passeport fictif. C’est qu’Ali Bongo Ondimba a quitté le Gabon pour raisons de santé avec un simple passeport ordinaire. Pas de service, pas diplomatique. Ordinaire. Comme un citoyen lambda. Voilà l’humiliation réelle », insiste-t-il, affirmant qu’« aucun passeport diplomatique ne lui a été délivré ».
Des soupçons de manipulation administrative ?
Le fils de l’ancien président, Noureddin Bongo Ondimba Valentin, renchérit en mettant en doute l’authenticité même du document diffusé :
« Mon père confirme n’avoir jamais demandé, signé, ni reçu ce passeport », affirme-t-il.
Il soulève plusieurs incohérences techniques :
« Un document officiel émis au nom d’une personne sans son consentement, sans ses empreintes digitales, sans sa signature, ni même sa connaissance : comment est-ce possible ? ».
Il pointe également une chronologie troublante :
« Date d’émission : 1er avril 2026. Ce passeport a-t-il été produit a posteriori pour répondre à une prise de parole ? », s’interroge-t-il, avant d’ajouter :
« À quoi sert un passeport si son titulaire ne l’a pas en sa possession ? ».
Pour lui, la séquence relève clairement d’une stratégie d’influence :
« Visiblement, mon post les a dérangés. Une fois de plus, ils tentent de manipuler l’opinion ».
Silences officiels et accusations de “deux poids, deux mesures”
Le débat prend une tournure plus politique avec les accusations visant l’inaction des institutions. Ali Akbar Onanga Y’Obegue invoque plusieurs textes juridiques qui, selon lui, auraient dû entraîner des poursuites immédiates en cas de falsification avérée :
« Ce faux passeport viole la loi sur les données personnelles, ainsi que les ordonnances 0011/2026 et 0013/2026. Pourquoi la HAC se tait-elle ? Pourquoi le parquet ne réagit-il pas ? ».
Pour le camp de l’ancien président, ce silence alimente le soupçon d’une instrumentalisation :
« Soit ce document a été fabriqué, soit on laisse volontairement circuler cette information. Dans les deux cas, c’est une atteinte grave aux principes républicains ».
Au-delà du cas individuel, un enjeu institutionnel
Plus largement, les proches d’Ali Bongo replacent la polémique dans une réflexion sur la continuité de l’État et le traitement réservé aux anciens dirigeants.
« Cela fait trente mois qu’Ali Bongo Ondimba est privé de ses droits : pension, soins, protection, passeport diplomatique. Le droit ne peut être à géométrie variable, même dans un contexte de transition », affirme Ali Akbar Onanga Y’Obegue.
En rappelant que l’ancien président est le premier chef d’État gabonais vivant à avoir quitté le pouvoir — ses prédécesseurs étant décédés en fonction —, il souligne la portée historique de la situation :
« Ce qui lui est infligé aujourd’hui crée une jurisprudence. Elle pèsera sur l’avenir. Qui acceptera de quitter le pouvoir dans ces conditions ? ».
Derrière la controverse autour d’un document administratif, c’est donc une interrogation plus profonde qui émerge : celle de la garantie des droits, de la stabilité institutionnelle et de la manière dont un État traite ses anciens dirigeants dans les périodes. .







