Le spectre des crédits carbone sans valeur
L’inquiétude exprimée par La Lettre Verte s’appuie sur des précédents récents et douloureux, notamment l’annonce en grande fanfare, en 2022, de la valorisation de 187 millions de crédits carbone. À l’époque, le Gabon espérait en tirer 291 millions de dollars (environ 176,6 milliards de FCFA).
Or, le bilan dressé par les experts est cinglant. Le média spécialisé rappelle que la Rainforest Foundation UK avait alors « révélé que les 90 millions de crédits carbone émis par le Gabon étaient probablement sans valeur réelle, ne représentant aucune réduction effective des émissions de carbone. » Plus embarrassant encore, sans les ajustements arbitraires appliqués aux données, les forêts gabonaises auraient en réalité « émis 16,5 millions de tonnes supplémentaires de carbone sur la même période. » Cette controverse n’a jamais été pleinement tranchée par Libreville.
Un marché mondial en pleine déroute
La fragilité de la stratégie gabonaise est accentuée par l’effondrement du marché des crédits carbone volontaires, dont la valeur a chuté de plus de 70 % en trois ans. Dans ce contexte, les 121,4 milliards de FCFA de « Gabon Infini » semblent constituer un pari risqué sur un secteur en crise profonde, sans qu’un plan B crédible ne soit prévu. La Lettre Verte s’interroge : « Qui mesurera, de manière indépendante et contraignante, si les engagements sont tenus ou non ? »
L’urgence d’une redevabilité publique
Si personne ne conteste la réalité des 88 % de couverture forestière du pays, l’efficacité des investissements est désormais au cœur du débat. Pour le média spécialisé, le problème n’est plus la forêt elle-même, mais la structure qui l’entoure : « La vraie question que pose “Gabon Infini” n’est pas environnementale : elle est institutionnelle. Quels indicateurs de suivi ? Quelle autorité indépendante d’évaluation ? Quel mécanisme de redevabilité publique ? »
La conclusion de La Lettre Verte sonne comme un avertissement ultime pour les autorités : « Sans réponses à ces questions, la plus belle forêt du monde ne suffira pas à rembourser la dette de crédibilité accumulée par des années de projets sans bilan. »




