Le cas le plus emblématique demeure celui de Colas, qui vient de céder l’intégralité de ses activités à HOLDING ACK S.A. Cette décision marque une rupture majeure pour une entreprise historiquement engagée dans la construction et l’entretien du réseau routier gabonais. De nombreux axes structurants portent encore l’empreinte de son savoir-faire, ce qui confère à ce départ une portée bien au-delà d’une simple opération de cession.
Mais ce désengagement s’inscrit dans une dynamique plus large. Bien avant, Sobea-Satom avait déjà amorcé son retrait, laissant en suspens plusieurs chantiers d’envergure. Le tronçon Djolé-Bifoun, devenu au fil des années un cas d’école, illustre à lui seul les difficultés structurelles du secteur.
À l’origine de cette vague de départs, une équation financière devenue intenable. Dans le modèle du BTP, les entreprises avancent des fonds importants pour lancer les travaux, dans l’attente du règlement des marchés publics. Or, au Gabon, les retards de paiement de l’État se sont accumulés, parfois sur plusieurs années, mettant à rude épreuve la trésorerie des opérateurs.
Cette situation a progressivement érodé la capacité de résistance des groupes, pourtant réputés solides. Les charges d’exploitation — équipements, logistique, main-d’œuvre, approvisionnement — continuent de peser, tandis que les créances s’accumulent. Dans ces conditions, le maintien d’activités locales devient difficilement justifiable pour les maisons mères, soucieuses de préserver leurs équilibres financiers.
Sur le terrain, les effets sont désormais visibles. Des axes routiers stratégiques accusent d’importants retards, notamment sur les liaisons entre Ntoum et Kango, ou encore dans les zones situées au-delà de Nsilé. Là où les infrastructures devaient accompagner la dynamique économique, les chantiers à l’arrêt traduisent une forme de paralysie.
Au-delà des départs, c’est tout le modèle de financement des infrastructures publiques qui se trouve questionné. L’accumulation des dettes intérieures et les difficultés à honorer les engagements contractuels fragilisent durablement la confiance des partenaires techniques.
Dès lors, une question s’impose : les acteurs locaux pourront-ils reprendre le relais et mener à bien des projets d’une telle ampleur ? Pour les autorités, l’enjeu est désormais crucial : relancer les chantiers, restaurer la crédibilité de l’État et rétablir un climat propice à l’investissement.
Car derrière le retrait des majors françaises, c’est bien l’avenir du développement infrastructurel du Gabon qui se joue.







