Toujours selon Reuters, cette mission sera confiée à une commission spéciale pilotée par Thierry Minko et devrait s’étendre sur deux à trois mois. L’objectif : dresser un état des lieux précis de la dette publique et identifier d’éventuelles irrégularités dans sa gestion.
Les autorités gabonaises évoquent notamment :
« Le non-respect de certaines obligations dans la réalisation de projets » ;
« Ainsi que le défaut de transfert de certains fonds vers les comptes du Trésor public ».
D’après les éléments rapportés par Reuters, le gouvernement fait état de « violations de contrats et de règles budgétaires » imputées à la gestion antérieure. En passant en revue les emprunts contractés, les autorités entendent clarifier la structure de la dette et renforcer la transparence des finances publiques.
L’enjeu est double : restaurer la crédibilité du pays et faciliter l’accès à de nouveaux financements, notamment pour les infrastructures.
Dans le même temps, le Gabon a conclu un accord avec la Banque mondiale pour un financement additionnel de 150 millions de dollars (environ 91 milliards de FCFA), portant l’engagement total de l’institution à 600 millions de dollars (près de 364 milliards de FCFA), précise Reuters.
Un porte-parole du Fonds monétaire international a indiqué à Reuters que cet audit constitue « une étape importante pour l’élaboration d’un futur programme soutenu par le FMI (…) visant à déterminer le niveau et la composition de la dette publique ».
L’institution prévoit d’examiner les conclusions dès leur publication.
Reste une interrogation en suspens : qu’en est-il de la gestion de la dette contractée depuis la fin de l’ère Bongo jusqu’à aujourd’hui ? Alors que l’audit annoncé se concentre sur la période 2016-2023, certains indicateurs récents alimentent le débat sur la nécessité d’un regard tout aussi rigoureux sur les pratiques actuelles.
À titre d’exemple, plus de 93 % des marchés publics ont été attribués en 2025 par entente directe (gré à gré), sans appel d’offres, de l’aveu même du gouvernement, soit un niveau largement supérieur au plafond de 15 % fixé par le Code des marchés publics.
Dans ces conditions, l’exigence de transparence peut-elle se limiter au passé ?
Une dette en forte accélération
La comparaison des chiffres souligne l’urgence de cette clarification. À la fin de l’année 2023, marquant la fin du régime d’Ali Bongo, l’encours de la dette publique était estimé à environ 4 700 milliards de FCFA (soit environ 56 % du PIB).
Cependant, les dernières données de la Direction générale de la dette indiquent une accélération fulgurante : au terme de l’année 2025, cet encours a atteint un montant record de 8 606 milliards de FCFA (environ 73 % du PIB). En moins de trois ans, la dette s’est alourdie de près de 3 900 milliards de FCFA, illustrant un recours massif aux emprunts sur les marchés régionaux et internationaux, qui place désormais les finances du pays sous une pression sans précédent.







