C’est un signal adressé au privé à une semaine de la fête de l’indépendance. Le 10 août, à Libreville, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé le déblocage de 51 milliards de francs CFA au titre de la dette intérieure, ces créances que l’État accumule auprès de ses fournisseurs et qui étranglent, depuis des années, les petites structures.
La question n’est pas nouvelle. Depuis la transition ouverte par le coup d’État d’août 2023 et confirmée par l’élection du général en avril 2025, l’apurement des arriérés publics figure parmi les principales doléances d’un patronat local fragilisé par des délais de paiement à rallonge. Les chiffres avancés lundi visent à y répondre, par étapes.
Première tranche : 21 milliards de FCFA, correspondant à 1 478 ordonnances de paiement échelonnées entre 2022 et 2026. Le Trésor cible ses créanciers les plus exposés, entreprises du BTP, de l’entretien, de la distribution de carburant et de l’approvisionnement alimentaire. Autant de PME qui, faute d’être réglées, financent l’État à crédit.
À cette enveloppe s’ajoutent 30 milliards destinés aux filières bois et mines. La seconde audience de la journée, consacrée au secteur forestier, en a détaillé le volet : 20 milliards de crédits de TVA à rembourser aux exploitants, défendus au Palais par le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogho, entouré des principaux opérateurs.
Le bois attendait ce geste. Premier employeur privé du pays, avec plus de 15 000 emplois directs et indirects, la filière encaisse depuis plusieurs mois le repli de ses débouchés, notamment sur les marchés asiatiques. Le remboursement de la TVA doit lui permettre de reconstituer sa trésorerie. « Qui paie ses dettes s’enrichit », a résumé le chef de l’État, qui a par ailleurs demandé aux professionnels et aux administrations de prospecter de nouveaux marchés à l’échelle sous-régionale et continentale.
Reste le circuit de décaissement, encadré. Les entreprises dont les créances ne figurent pas encore dans les listes devront saisir la Task Force, la Direction générale du Budget et le Trésor public pour faire auditer leurs prestations avant tout paiement. Une condition posée par le président, qui a lié la poursuite des versements au respect des règles de gestion et de contrôle. « La force d’un État, ce n’est pas l’administration, c’est le secteur privé », a-t-il lancé aux dirigeants de PME, les exhortant à convertir ces règlements en investissements et en emplois.
Du côté des forestiers, le délégué général de l’Union des forestiers et industriels du Gabon (UFIGA), Jean-Marie Ntoutoume, a salué l’accélération annoncée, promettant de travailler dans les prochains jours avec les ministères de l’Économie et des Eaux et Forêts, ainsi qu’avec la Société nationale des bois du Gabon, pour concrétiser les engagements.
L’exécutif a instruit le gouvernement d’accélérer le paiement des créances régulièrement établies. Pour les entreprises, l’essentiel se jouera désormais moins dans l’annonce que dans le calendrier : ces 51 milliards ne soulageront leurs comptes qu’une fois sortis du Trésor.







