Le week-end écoulé, Ange Landry Mbeng, alias Lanlaire, s’en est pris avec virulence à Brice Clotaire Oligui Nguema et à son entourage lors d’un direct sur Facebook. L’activiste, coutumier des attaques contre le pouvoir, a une nouvelle fois enflammé les réseaux. La séquence n’a pas laissé indifférent Mathias Otounga Ossibadjouo. L’ancien ministre de la Défense, qui s’exprime peu dans la presse, a tenu à répondre : « La politique est une affaire sérieuse. Il s’agit de la gestion du pays. Gérer le pays c’est gérer nos villes et nos villages », rappelle le président du Rassemblement d’éveil gabonais pour l’action, la restauration et le développement (REGARD). Et lui de comparer l’État à un village dont personne ne confierait les rênes « à un citoyen turbulent ».
Ce qui l’inquiète, c’est l’installation d’un climat. « L’insulte est devenue le mode par excellence de fonctionnement de la démocratie gabonaise. » Le phénomène ne date pas d’hier. Déjà « insidieux sous le règne d’Ali Bongo Ondimba », il aurait pris de l’ampleur « avec l’avènement de Brice Clotaire Oligui Nguema ». L’ancien cadre du PDG tient toutefois à situer le mal. Pas dans la « classe politique traditionnelle », selon lui, mais dans une « nouvelle classe politique pompeusement qualifiée d’activistes ».
Le souvenir des grands opposants
Les figures historiques de l’opposition, elles, n’auraient jamais versé dans l’invective. « Même au plus fort de la contradiction, ni Pierre-Louis Agondjo-Okawe, ni Paul Mba Abessole, ni Pierre Mamboundou, ni André Mba Obame n’ont usé d’un langage ordurier à l’endroit des tenants du pouvoir », insiste-t-il. Le pouvoir, de son côté, n’insultait pas davantage ses adversaires. « Les idées s’opposaient parfois de façon très violente, mais les apparences étaient sauves. »
Pour lui, l’insulte ne s’arrête pas à celui qu’elle vise. « Quand on insulte celui qui incarne ou représente un groupe, on insulte ainsi tout le groupe. Aujourd’hui tout le pays est insulté et c’est inadmissible. »
Le point le plus sensible touche à l’enfance. Otounga s’en prend au recours à un mineur pour porter l’offense. « Lorsque tu instrumentalises un enfant pour qu’il manque de respect à un adulte, c’est en définitive toi qui auras agi à travers cet enfant », glisse-t-il, visant les adultes qu’il devine derrière ces contenus.
Puis vient l’adresse, directe, au chef de l’État. « Monsieur le Président de la République, je vous suggère très respectueusement d’agir pour redonner à la politique ses lettres de noblesse. » Le ton se durcit. « La politique est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains des gameurs. Sévissez s’il vous plaît. »
À ses yeux, l’affaire dépasse un homme. « L’offense au chef de l’État est une offense à la Nation tout entière. » Il veut une réponse qui ne s’arrête pas aux seconds rôles : « Toute la chaîne de cette forfaiture doit être démantelée. » Et de refermer sur un vers de l’hymne national : « Pour notre essor vers la félicité. »







