Loin d’être des disciples de saint Thomas, de nombreux observateurs s’interrogent : quelle marge de manœuvre réelle reste-t-il à une institution dont les deux chambres sont dominées par une majorité UDB (Union Démocratique des Bâtisseurs) ultra-majoritaire, acquise au parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema ?
Selon Michel Régis Onanga Ndiaye, sous sa houlette, « l’ère de la chambre d’enregistrement est révolue », a-t-il déclaré dans les colonnes de L’Union. Pourtant, le cadre juridique de la nouvelle Constitution semble raconter une tout autre histoire. En renforçant l’Exécutif au détriment du Législatif en novembre 2024, la Loi fondamentale a créé un déséquilibre structurel. Désormais, en l’absence d’une motion de censure, l’Assemblée nationale se retrouve constitutionnellement désarmée pour sanctionner l’action gouvernementale, laissant le chef de l’État seul maître à bord d’un régime hyperprésidentiel où le Parlement perd son levier de contrôle le plus coercitif.
Au-delà des textes, la composition politique de cette quatorzième législature suscite également des doutes. Avec 101 sièges sur 145 à l’Assemblée nationale, l’UDB dispose d’un contrôle quasi total sur l’agenda législatif. Cette hégémonie place les fidèles du président Brice Clotaire Oligui Nguema dans une position de juges et parties. Le président de l’Assemblée, lui-même figure centrale de cette nouvelle ère, doit désormais prouver que la loyauté politique envers le Palais du Bord de Mer n’est pas synonyme de docilité législative. Peut-on réellement être le contre-pouvoir d’un système dont on est le principal pilier électoral ?
Pour répondre à ce scepticisme, Michel Régis Onanga Ndiaye mise sur une mutation de la fonction parlementaire vers le pragmatisme. À défaut de pouvoir renverser le gouvernement, les députés sont appelés à devenir des « commissaires du peuple ». L’accent sera mis sur l’utilité directe des lois : chaque texte sera passé au crible de son impact sur le panier de la ménagère et l’accès aux soins de santé. Cette stratégie de proximité, appuyée par une transparence numérique permettant aux citoyens de suivre les débats en temps réel, vise à légitimer l’institution par ses résultats concrets plutôt que par le rapport de force politique : « Nous ne jugerons pas notre succès au nombre de lois votées, mais à l’amélioration du quotidien des populations », promet le président de la chambre basse.
Reste à voir si cette quête d’efficacité sociale suffira à masquer l’effacement politique d’un Parlement face à une présidence devenue omnipotente, ou si l’institution parviendra à inventer un nouveau mode de contrôle, plus technique que politique, au sein de cette Ve République naissante.







