À quelque 650 kilomètres de Libreville, loin des immeubles qui poussent sur la Baie des Rois et des avenues désormais bitumées de la capitale, Tchibanga vit à un tout autre rythme. C’est de là, chef-lieu d’une Nyanga qui se sent oubliée, qu’une voix citoyenne a décidé de ne plus se taire. Par une saisine officielle adressée aux plus hautes institutions du pays, le collectif NYN ÉVEIL dénonce ce qu’il qualifie de « pratiques discriminatoires » à l’égard de la Nyanga et de ses habitants.
Son constat de départ est brutal. En s’appuyant sur les études récentes consacrées au niveau de vie des Gabonais par région, le collectif rappelle que la Nyanga ferme la marche au classement national. Plus de 77 % des ménages y vivraient sous le seuil de pauvreté. Un chiffre d’autant plus difficile à accepter, selon ses membres, que le sous-sol et le territoire de la province débordent de richesses : pétrole, fer, marbre, potasse, ressources halieutiques, forêts, terres agricoles et potentiel touristique.
Des conventions minières négociées sans les Nynois ?
La récente visite du ministre des Mines dans la province cristallise les inquiétudes. Officiellement, ce déplacement devait préparer le lancement de l’exploitation du fer de Milingui, du marbre de Doussièhoussou et de la potasse de Ndindi. Mais selon NYN ÉVEIL, aucune représentation des populations originaires de la Nyanga n’aurait été associée aux discussions ayant abouti aux conventions minières. Une participation pourtant prévue, estime le collectif, par les dispositions du Code minier gabonais.
Pour appuyer sa dénonciation, le mouvement convoque un précédent qui fait mal : celui de Bélinga. Dans le cadre de ce projet minier, plusieurs jeunes de l’Ogooué-Ivindo auraient été envoyés en Australie depuis près de trois ans pour se former aux métiers de la mine, en amont du démarrage de l’exploitation. Rien de comparable, affirme le collectif, n’aurait été engagé pour la jeunesse nynoise.
« Les Nynois ne peuvent être considérés comme des Gabonais de seconde zone. Ils doivent être associés aux décisions concernant les richesses de leur territoire et bénéficier des opportunités de formation et d’emploi qui en découlent », martèle le collectif.
Mayumba, un demi-siècle de pétrole pour quels bénéfices ?
Le mouvement élargit sa critique à l’exploitation pétrolière et gazière au large de Mayumba. Depuis plus de cinquante ans, la Nyanga contribuerait de manière significative à la production nationale d’hydrocarbures, sans que ses populations n’en perçoivent réellement les retombées. C’est en partie là, selon NYN ÉVEIL, qu’il faudrait chercher les racines de la précarité qui frappe aujourd’hui la province.
10 milliards, 7 milliards, 24 projets : où est passé l’argent ?
La saisine ne s’arrête pas aux ressources naturelles. Le collectif exige que toute la lumière soit faite sur plusieurs enveloppes budgétaires. En première ligne : les 10 milliards de francs CFA annoncés pour l’organisation de la Fête de la Libération à Tchibanga, dont l’affectation n’aurait fait l’objet d’aucune information détaillée auprès des populations.
Même exigence de transparence sur les 7 milliards de francs CFA attribués à chaque province. Où en sont les réalisations promises ? Qu’en est-il des 24 projets annoncés dans la Nyanga, dont plusieurs seraient, selon le collectif, restés à l’état de promesses ?
« Le feuilleton ne fait que commencer »
NYN ÉVEIL revendique une démarche « républicaine », fondée sur la défense de l’intérêt général, la justice sociale et l’équité territoriale. Le collectif appelle le Parlement à exercer pleinement sa mission de contrôle de l’action gouvernementale. Et prévient : si nécessaire, il n’exclut pas de saisir le Conseil d’État pour faire constater ce qu’il considère comme des manquements de l’État à ses obligations.
Une conférence de presse est annoncée dans les prochains jours pour détailler ses revendications et les actions à venir. Le ton est déjà donné : « le feuilleton ne fait que commencer », promet le collectif, qui ambitionne d’ouvrir un débat national sur la justice territoriale et le développement équilibré de toutes les provinces du Gabon.







