En première ligne, Hervais Omva. L’acteur du développement agricole ne remet pas en cause l’ambition affichée par le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, Pakome Kossy. Il remet en cause la méthode, les résultats et surtout l’écart qu’il juge grandissant entre les discours et la réalité du terrain : « Nous sommes face à un bilan qui ne reflète pas ce que vivent les producteurs sur le terrain », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « On parle de souveraineté alimentaire, mais les fondations opérationnelles ne suivent pas ».
Des ressources humaines disponibles mais toujours à la maison
Le premier point de rupture concerne les ressources humaines agricoles.
À l’École nationale de développement rural (ENDR) d’Oyem, la situation alimente une incompréhension croissante. Les élèves admis au concours d’octobre 2025 sont toujours à la maison, sans affectation ni perspective claire d’intégration : « Comment expliquer que des jeunes formés et sélectionnés depuis 2025 restent encore sans déploiement alors que les besoins sur le terrain sont criants ? », s’interroge Hervais Omva. Pour lui, « c’est un gâchis silencieux qui fragilise toute la politique agricole ».
<span;>Dans le même temps, les exploitations manquent toujours d’encadrement technique. « Sans techniciens sur le terrain, aucune stratégie ne peut fonctionner », insiste-t-il.
Ayem : une infrastructure construite mais quasiment à l’abandon
Autre point central : le complexe agricole d’Ayem. Construit depuis 2024, doté de serres modernes et d’équipements d’irrigation, le site devait incarner une agriculture modernisée. Pourtant, selon plusieurs constats relayés par Hervais Omva, il serait aujourd’hui quasiment à l’abandon : « On ne peut pas investir des milliards dans une infrastructure pour ensuite la laisser sans véritable exploitation », déplore-t-il. « C’est exactement ce type de contradiction qui décrédibilise les politiques publiques ».
Pour lui, la question n’est plus celle des projets, mais de leur suivi réel. « L’État doit d’abord faire vivre ce qui existe avant de lancer de nouveaux chantiers », tranche-t-il.
Un centre de formation financé par la Chine absent du bilan des 100 jours
Autre zone d’ombre relevée : le centre de formation agricole de 400 places initié en 2025, financé à hauteur de 5 milliards de francs CFA par la Chine.
Présenté comme un levier stratégique pour la formation des compétences agricoles, ce projet ne figure pourtant pas dans le bilan des 100 jours : « Comment un projet de cette envergure peut-il être totalement absent d’un bilan censé refléter les actions prioritaires du gouvernement ? », s’interroge Hervais Omva. Pour lui, « cette omission interroge la cohérence même de l’exercice ».
AGROPAG : une structure sans mission claire
La critique s’étend également à la Société agropastorale du Gabon (AGROPAG), dont les responsables ont été récemment installés par le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, Pakome Kossy.
Mais sur le terrain, sa mission reste floue : « On crée une structure, on installe des responsables, mais personne ne sait réellement quelle est sa mission opérationnelle », déplore Hervais Omva. « Alors, à quoi sert AGROPAG dans le dispositif actuel ? »
Une question qui reste, pour lui, sans réponse claire : « Si cette structure existe, elle doit avoir un rôle défini, sinon elle devient une coquille vide ».
2027 et la filière avicole : une réforme sous tension
L’horizon 2027, marqué par la fin annoncée des importations de poulet, concentre les inquiétudes.
Sur le terrain, les producteurs affirment avoir déjà engagé des efforts d’anticipation : réhabilitation des élevages, structuration des filières locales et production d’intrants.
Mais selon Hervais Omva, ces efforts restent fragilisés par un manque de coordination institutionnelle : « Les acteurs avancent, mais sans véritable cadre de dialogue avec l’administration », souligne-t-il. « Et cela crée des blocages inutiles ».
Plus directement, il estime que « les producteurs sont appelés à réussir une transformation majeure sans accompagnement technique suffisamment structuré ».
Un bilan contesté, mais un appel à la correction
Au final, Hervais Omva rejette le bilan des 100 jours dans sa forme actuelle, qu’il juge « hors-sol » et insuffisamment ancré dans la réalité productive. « Ce rapport ne dit pas l’essentiel : les blocages concrets du terrain », affirme-t-il.
Mais sa critique se veut aussi corrective. « Nous ne sommes pas dans une logique d’opposition, mais dans une logique d’alerte », précise-t-il. « Il est encore possible de corriger la trajectoire ».
Et de conclure : « L’objectif doit rester le même : produire ce que nous consommons. Mais cela suppose une exécution réelle, pas seulement des annonces ».







