On l’attendait pour une visite éclair. Arrivé dans la ville du sable le 15 septembre, Brice Clotaire Oligui Nguema a finalement choisi de s’y installer. Au sortir du Conseil des ministres organisé sur place le vendredi 18 septembre, il a fait savoir qu’il restait une semaine de plus, le temps de regarder en face les maux qui minent la province. Ce 28 septembre, il y est encore.
Chantiers, Conseil des ministres et cartables
Le ton a été donné dès le premier jour. À peine descendu d’avion, le président a enchaîné les visites de travaux, qu’il a poursuivies le lendemain. Hôpitaux, établissements d’enseignement supérieur et militaire, tours d’habitation, nouveaux postes de secours et de police, projets hôteliers et commerciaux, route de contournement : la tournée a balayé presque tous les grands dossiers de la ville. Sur plusieurs sites, il a exigé que les plans soient revus.
Deux jours plus tard, l’exécutif au complet se réunissait à Port-Gentil. Il en est ressorti une enveloppe de 30 milliards de FCFA destinée à l’Ogooué-Maritime. Les pétroliers en assument l’essentiel : 12 milliards viendront de TotalEnergies, 11 milliards de Perenco, l’État n’apportant que 7 milliards sur son propre budget.
Cet argent doit servir aux routes, aux marchés, aux structures sanitaires, au logement, à la remise en état de la Foire et à la future université Pierre-Louis Agondjo Okawé. Le gouvernement en attend quelque 7 000 emplois. Côté réseaux, deux centrales thermiques doivent ajouter 50 mégawatts, et une usine de traitement d’eau sera bâtie à une cinquantaine de kilomètres.
Le président ne s’est pas contenté d’y déplacer le gouvernement. Port-Gentil a également accueilli une réunion du Conseil supérieur de la magistrature, autre institution habituellement associée au fonctionnement de l’État depuis Libreville. Le chef de l’État y a ainsi poursuivi son agenda institutionnel tout en maintenant, depuis la capitale économique, le suivi des dossiers nationaux.
Ce 18 septembre, Oligui Nguema a aussi écouté les représentants des communautés autochtones et de la jeunesse. Leur message tient en deux mots : partage et travail. Les premiers veulent profiter davantage de l’or noir extrait sous leurs pieds, les seconds réclament des débouchés. Le lendemain, direction la centrale de la SEEG, où les coupures à répétition exaspèrent familles et commerçants.
Le séjour a aussi eu ses moments plus intimes. À la veille de la rentrée, près de 1 500 écoliers sont repartis de la Foire municipale avec un cartable offert par la présidence. Puis le chef de l’État est retourné sur les bancs du lycée Joseph Ambouroue Avaro, qu’il a fréquenté plus jeune : inspection des classes rénovées, puis partie de volley improvisée avec ses anciens condisciples.
La semaine de prolongation n’a pas été un temps mort. Le vendredi 25 septembre, le chef de l’État a donné le coup d’envoi de « Matanda Baie Royale », une cité de 848 logements confiée à l’entreprise HUAXIN. Sur 16 hectares s’élèveront 128 deux-pièces, 556 trois-pièces et 164 quatre-pièces, en quatre tranches étalées sur environ trois ans. Ni le coût ni le montage financier n’ont été rendus publics.
Le même jour, Port-Gentil s’est brièvement transformée en capitale financière : Oligui Nguema y a reçu une délégation du Fonds monétaire international. Au menu, l’état réel de la dette gabonaise. Les deux parties cherchent à réconcilier des évaluations divergentes et à fiabiliser les chiffres des finances publiques, préalable à toute stratégie d’endettement crédible. Preuve que, depuis sa base de l’Ogooué-Maritime, le président continue de piloter les dossiers nationaux.
Pourquoi Port-Gentil, pourquoi maintenant
La ville qui fait vivre le budget national vit elle-même mal. Les jeunes peinent à trouver un emploi, la lumière s’éteint trop souvent, les routes se dégradent et les entreprises regardent ailleurs.
Depuis le retour du multipartisme au début des années 1990, Port-Gentil s’est forgé une réputation de cité frondeuse, solidement ancrée dans l’opposition.
Le coup d’État d’août 2023 a rebattu les cartes. À la présidentielle d’avril 2025, Oligui Nguema a obtenu 93,32 % des suffrages dans l’Ogooué-Maritime, pour 94,85 % au niveau national.
L’agenda politique pèse également. C’est ici que sera célébrée la fête de la Libération du 30 août 2028, et le palais du Bord de mer compte sur l’événement pour doper les chantiers. À plus long terme, l’objectif affiché est de porter la capacité électrique à 150 MW en 2032. En prolongeant sa présence, le président met la pression sur l’administration et les compagnies pétrolières, tout en tentant de séduire une population volontiers contestataire.







