Le 2026 Fiscal Transparency Report, que la diplomatie américaine établit chaque année à l’intention des 139 gouvernements bénéficiaires de l’aide étrangère des États-Unis, évalue l’accessibilité et la fiabilité des documents budgétaires, la transparence de l’attribution des contrats et permis publics, ainsi que les procédures de marchés publics. Cette année, 73 gouvernements sur 139 ont satisfait aux exigences minimales fixées par Washington, tandis que 67 autres, dont 14 en progrès significatifs, n’y sont pas parvenus.
Concernant le Gabon, le satisfecit reste partiel. Le rapport salue la publication en ligne, dans un délai raisonnable, du rapport de fin d’année et du budget adopté. Il relève également que « les documents budgétaires publics offraient un aperçu relativement complet des dépenses et des recettes prévues par le gouvernement ». Mais le projet de budget exécutif, lui, n’a pas été rendu public dans les temps, un manquement de taille puisqu’il prive citoyens et parlementaires d’un droit de regard en amont sur les arbitrages budgétaires.
Dette publique, Cour des comptes et industries extractives sous surveillance
Le document du Département d’État pointe plusieurs zones grises plus préoccupantes. Sur la dette, « seules des informations limitées sur les obligations, à l’exclusion de la dette des entreprises publiques, étaient accessibles au public », un flou qui concerne un pan entier du secteur parapublic gabonais, alors que la soutenabilité de la dette reste un sujet sensible pour les bailleurs internationaux, Fonds monétaire international en tête. Le suivi de l’exécution budgétaire est également jugé défaillant : les rapports trimestriels sont décrits comme « limités et peu fiables », rendant impossible toute vérification de la conformité entre recettes et dépenses réelles et budget voté.
L’institution supérieure de contrôle des finances publiques, en l’occurrence la Cour des comptes, n’échappe pas à la critique. Le rapport constate qu’elle « n’a pas respecté les normes internationales d’indépendance » et que, si elle a bien examiné les comptes de l’État, elle n’a pas rendu ses conclusions publiques dans un délai raisonnable.
Autre point sensible pour un pays dont l’économie reste largement adossée au pétrole, au manganèse et au bois : l’attribution des contrats et permis d’extraction des ressources naturelles. Washington reconnaît que le Gabon a défini par la loi des critères et procédures d’attribution, mais note que ces règles « n’ont pas toujours été respectées dans la pratique ». Le gouvernement a certes publié des informations de base sur l’octroi des contrats extractifs, mais sans que cela s’accompagne d’une diffusion régulière de données sur les marchés publics dans leur ensemble.
Enfin, le fonds souverain gabonais, le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), est également cité. S’il dispose, selon le rapport, « d’un cadre juridique solide », l’institution n’a pas divulgué ses sources de financement ni sa politique générale de retraits, une opacité qui alimente régulièrement les interrogations sur la gestion de cet outil censé porter les investissements stratégiques de l’État.
Neuf pistes pour Libreville
Le Département d’État assortit son évaluation d’une liste de recommandations pour amener le Gabon vers les standards internationaux de transparence fiscale. Washington appelle notamment les autorités gabonaises à publier le projet de budget exécutif dans des délais raisonnables, à divulguer les informations relatives à la dette, y compris celle des principales entreprises publiques, et à détailler, dans les documents budgétaires, les allocations versées à ces entreprises ainsi que les recettes qui en découlent.
Le rapport recommande également un suivi budgétaire tout au long de l’exercice, pour garantir que recettes et dépenses réelles correspondent raisonnablement au budget voté, ainsi qu’un renforcement de l’indépendance de la Cour des comptes, dont les rapports d’audit devraient être publiés sans délai excessif. S’y ajoutent le respect effectif, et non plus seulement formel, de la réglementation sur l’extraction des ressources naturelles, la divulgation par le FGIS de ses sources de financement et de sa politique de retraits, ainsi que la publication régulière d’informations sur les marchés publics.
Un test pour le « Gabon nouveau »
Ce diagnostic tombe à un moment particulier pour Libreville. Depuis la transition engagée après le coup d’État d’août 2023, qui a porté Brice Oligui Nguema au pouvoir avant son élection à la magistrature suprême en 2025, les autorités ont fait de la rupture avec les pratiques de gouvernance de l’ancien régime l’un des piliers de leur discours, avec une nouvelle Constitution adoptée par référendum et des annonces répétées de lutte contre la corruption et de meilleure gestion des ressources publiques.
Le rapport du Département d’État, sans remettre en cause ces engagements, suggère que le chantier de la transparence budgétaire reste largement ouvert. Pour un pays qui cherche à restaurer la confiance des bailleurs internationaux, le FMI ayant évoqué un possible programme élargi avec Libreville, et à attirer des investissements dans ses secteurs extractifs, la crédibilité de ses comptes publics et de ses procédures d’attribution de contrats constituera, dans les prochains mois, un indicateur scruté de près.







