Arrivée à Libreville le 14 septembre, la mission conduite par Aliona Cebotari a plié bagage le 25. Au sortir de ces douze jours de travail, le communiqué publié par le FMI le 26 septembre tient en quelques lignes, mais chaque mot compte. Ceux qui espéraient l’annonce d’un accord en seront pour leurs frais. Ceux qui redoutaient une rupture aussi.
Le FMI parle de discussions, pas encore de négociations
La cheffe de mission a pris soin de replacer la visite dans son cadre. « Dans le contexte de la demande du gouvernement en faveur d’un programme appuyé par le FMI, l’équipe a tenu des discussions techniques avec les autorités concernant les conclusions de l’audit de la dette publique, l’évolution des finances publiques et les projets de politique budgétaire pour 2027 », a déclaré Aliona Cebotari.
La suite du communiqué fixe le cap : « Les discussions techniques sur l’évolution des finances publiques et de la dette, ainsi que sur les perspectives, se poursuivront dans les semaines à venir afin de préparer le terrain pour des négociations sur un programme. »
Traduit du langage feutré de l’institution de Bretton Woods, cela signifie que le Gabon n’est pas encore entré en négociation. Aucune date ni aucun montant n’est avancé. Le Fonds reste prudent et attend visiblement que certains chiffres soient stabilisés avant d’aller plus loin. La demande formelle de programme remonte pourtant à mars, après une première mission conduite du 25 février au 6 mars. Une dizaine de séances techniques ont suivi, dont plusieurs en avril, en marge des réunions du FMI et de la Banque mondiale à Washington.
Au sommet de l’État, on affiche la confiance
Côté gabonais, le ton est nettement plus volontariste. Le 23 septembre, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a reçu la mission venue présenter ses conclusions. « Nous sommes confiants d’abord dans la volonté du chef de l’État d’avoir ce programme avec le FMI », a-t-il assuré à la sortie de la séance.
Deux jours plus tard, c’est le président Brice Clotaire Oligui Nguema qui recevait lui-même les émissaires du Fonds à Port-Gentil. Selon la communication officielle, les échanges ont porté sur « l’évaluation de la situation réelle de l’endettement du Gabon », avec l’ambition d’aboutir à « une lecture partagée de la situation financière du pays ». Le chef de l’État y a défendu une « maîtrise durable de l’endettement », sans renoncer au financement de ses priorités. Sa position n’a pas varié depuis plusieurs mois : il avait exigé un audit complet de la dette avant tout engagement, puis écarté en juin l’idée d’un plan d’austérité. Libreville veut un programme, mais à ses conditions.
L’audit de la dette, le vrai sujet qui fâche
Ce n’est pas un hasard si l’audit arrive en tête des sujets cités par Aliona Cebotari. Publié le 13 septembre, soit la veille de l’arrivée de la mission, il arrête le stock de la dette publique au 31 décembre 2025 à 9 524,6 milliards de FCFA. On évoquait jusque-là environ 11 700 milliards. Rapporté à un PIB réévalué à 13 822 milliards, le ratio d’endettement tombe à 68,91 %, juste sous le plafond de 70 % fixé par la Cemac.
Ce recul de quelque 2 175 milliards ne doit rien à des remboursements. Il résulte d’annulations de créances jugées non justifiées, de corrections de doubles comptabilisations et de l’apurement d’engagements hors bilan. Le rapport détaillé, lui, n’a pas été rendu public. Il a été remis au seul FMI.
Or le communiqué du Fonds mentionne bien les « conclusions de l’audit », mais se garde de reprendre le chiffre de 68,91 %. Ce silence en dit long. Rien n’oblige Washington à valider ce ratio dans sa propre analyse de viabilité de la dette. Selon plusieurs sources, l’institution attendrait une justification poste par poste des montants retirés avant de se prononcer.
Des réformes déjà sur la table
Aliona Cebotari a par ailleurs salué le « programme ambitieux de réformes structurelles des autorités visant à améliorer la gestion des finances publiques ». Les chantiers sont connus de longue date. La masse salariale de l’État reste le premier d’entre eux, et un audit a déjà été conduit. Viennent ensuite la remise à plat des exonérations fiscales, indispensable pour muscler les recettes non pétrolières, et le recentrage de l’investissement public sur les priorités du Plan national de croissance et de développement 2026-2030. En toile de fond, le Fonds réclame depuis mars une gouvernance plus rigoureuse des deniers publics. Certaines sources évoquent en outre des divergences persistantes sur les hypothèses du gouvernement, jugées trop optimistes, notamment sur le prix du baril et le niveau de production pétrolière.
Le budget 2027 en guise d’examen de passage
Le communiqué cite explicitement les « projets de politique budgétaire pour 2027 ». La loi de finances en préparation fera donc office de test. Un budget bâti sur des hypothèses prudentes et une masse salariale tenue ouvriraient la voie aux négociations. Un budget trop généreux repousserait l’échéance d’autant.
Et maintenant ?
Les travaux reprennent « dans les semaines à venir » entre le ministère de l’Économie et des Finances et le représentant résident du FMI à Libreville. Si les points techniques sont levés, une mission de négociation pourrait revenir avant la fin de l’année. Rien n’est toutefois officiellement programmé.
L’enjeu dépasse largement les décaissements du Fonds. Un programme validé par Washington rassurerait les autres bailleurs comme les marchés régionaux, où la signature du Gabon est scrutée de près. La balle est désormais dans le camp de Libreville, qui doit documenter son audit et présenter un budget 2027 jugé crédible. Le compte à rebours est lancé.







