Le point de rupture remonte à 2019. À cette époque, la SNI — ayant absorbé le patrimoine de l’ex-Société nationale des logements sociaux — revendique la propriété de vastes parcelles. Pour les habitants, le choc est brutal : beaucoup occupent ces terres depuis plusieurs décennies, bien avant que les démembrements de l’État n’y portent un intérêt quelconque: « Nous ne sommes pas des squatteurs, mais des propriétaires de fait et de droit », s’insurge un représentant du collectif.
Pourtant, une lueur d’espoir avait brillé en 2020 lorsque les autorités semblaient s’orienter vers une régularisation massive. Un espoir de courte durée : les populations accusent aujourd’hui la SNI d’avoir opéré une volte-face radicale, privilégiant désormais une stratégie d’expulsion à la concertation.
Entre méthodes musclées et précarité sociale
Sur le terrain, les griefs s’accumulent et dessinent un quotidien marqué par l’incertitude. Les témoignages font état de destructions de cultures vivrières qui constituent la base de la subsistance de nombreuses familles, de pressions psychologiques constantes et de menaces de déguerpissement imminent. À cela s’ajoute la remise en cause systématique des attestations d’occupation pourtant délivrées par le passé, une gestion jugée sans humanité par les riverains. Cette situation crée un fossé grandissant entre les promesses de « justice sociale » du gouvernement et la réalité des engins de chantier. « On nous parle de restauration des institutions, mais ici, on assiste à une dérive administrative », déplore une résidente de longue date.
Face à une situation qu’ils jugent bloquée, les habitants d’Essassa tournent désormais leurs regards vers le sommet de l’État. Le collectif appelle solennellement à l’arbitrage du président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif est d’obtenir une médiation directe pour éviter que ce litige foncier ne dégénère en une crise sociale majeure.
L’affaire d’Essassa agit comme un miroir des tensions foncières qui minent le Gabon. Elle soulève l’épineuse question de la cohabitation entre le droit coutumier, l’occupation historique de bonne foi et la rigueur des titres fonciers modernes. Pour l’heure, le silence persistant de la direction de la SNI face à ces accusations ne fait qu’alimenter le sentiment d’injustice. À Essassa, la colère n’est plus seulement sourde : elle est prête à éclater si aucune solution équitable n’est proposée.







