Une résolution aux allures d’ultimatum
Réuni en session plénière ce lundi 2 mars 2026 à Malabo, le Parlement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a rompu avec la diplomatie feutrée. Sous la présidence du député gabonais Alexandre Awassi, les parlementaires ont adopté à l’unanimité une résolution qui sonne comme un avertissement sans frais.
L’objectif est clair : contraindre la Commission de la CEMAC à sortir de sa passivité pour appliquer les articles 51 et 52 du Traité révisé. Ce texte, porté par le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, place désormais l’exécutif de l’organisation face à ses responsabilités juridiques face à une crise de trésorerie qui menace les fondements mêmes de l’intégration régionale.
L’asphyxie par la dette : 263 milliards de FCFA d’impayés
Avec un taux de recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI) inférieur à 60 %, la CEMAC court après 263,5 milliards de FCFA d’arriérés.
Le Cameroun, la Centrafrique et le Congo sont explicitement pointés du doigt comme les principaux contributeurs de ce déficit. Cette situation a conduit à une paralysie quasi totale des activités de la Commission, incapable de financer ses projets faute de reversements de la part des États membres.
Pour briser cette résistance, le Parlement exhorte à l’activation de l’article 51 : il permet au président de la Commission de solliciter la BEAC pour effectuer un prélèvement direct sur le compte ordinaire du Trésor national de l’État défaillant.
Si cette mesure est appliquée, elle marquerait un tournant historique dans les rapports de force au sein de la zone, transformant la Banque Centrale en véritable bras armé du recouvrement communautaire.
Vers une exclusion politique ?
Le Parlement ne s’arrête pas au portefeuille. En invoquant l’article 52, il brandit la menace d’une mise au ban politique. Les sanctions prévues sont graduelles mais sévères, allant de la suspension du droit de vote pour les États accusant plus d’un an de retard jusqu’à l’exclusion des activités et la perte des avantages communautaires six mois plus tard.
Le message envoyé depuis Malabo est sans équivoque : l’appartenance à la communauté ne peut plus être à la carte. La crédibilité de la CEMAC se joue désormais sur sa capacité à s’auto-discipliner. Reste à savoir si la Commission aura le courage politique d’engager ces procédures contre des États dont elle dépend institutionnellement.










