Alors que les rapports de pollution se multiplient sur les côtes gabonaises, une voix s’élève pour dénoncer l’invisible et l’inacceptable. Pour Michaël Moukouangui Moukala, la situation actuelle à Sette Cama n’est pas un incident isolé, mais le symptôme d’un mal profond : « Ce phénomène n’est pas nouveau au Gabon. Il y a actuellement une pollution à Sette Cama, à deux pas du parc national de Loango, donc à l’embouchure. Ce qu’il faut dire, c’est que des ONG ont déjà tiré la sonnette d’alarme sur ce type de méfaits. »
Le spectre de Mayumba et l’inertie des autorités
Le journaliste rappelle avec amertume les précédents qui auraient dû servir de leçon aux régulateurs et aux industriels. « Souvenons-nous qu’en 2025, on a eu un cas similaire à Mayumba, qui a été géré d’une façon pas très orthodoxe quand on regarde les canevas environnementaux ou encore les procédures. Et là, on retombe sur le même travers », déplore-t-il.
Ce qui inquiète particulièrement le fondateur de La Lettre Verte, c’est le mutisme officiel qui entoure ces catastrophes. « Dans le cas présent, on constate que les autorités ne se sont pas encore prononcées. On se pose la question de savoir ce qu’il se passe, car il faut bien évidemment identifier qui est l’auteur de cette pollution et comment s’est construit le problème. Surtout quand on sait que de jour en jour, cette pollution prend de l’ampleur. »
Un sanctuaire de biodiversité sous perfusion d’hydrocarbures
Sette Cama n’est pas n’importe quel point sur une carte industrielle. C’est un joyau mondial dont Michaël Moukouangui Moukala rappelle l’importance vitale : « N’oublions pas que Sette Cama est un site Ramsar, voisin d’un parc national, un véritable réservoir de biodiversité. On a des éléphants qui se baladent sur la plage, on a des pélicans. D’ailleurs, ils sont déjà touchés par ce problème-là. C’est aussi un grand spot de poissons. »
Pour ce spécialiste, le contraste entre le discours diplomatique du pays et la réalité du terrain est devenu insoutenable. « Le Gabon, qui se présente comme étant un modèle en matière de préservation de l’environnement et de lutte contre les changements climatiques, devrait avoir une diligence assez proactive sur ce type de méfaits. Aujourd’hui c’est Sette Cama, hier c’était Mayumba, demain ce sera quelle région du Gabon ? »
L’appel à la responsabilité des acteurs
Au-delà du constat, Michaël Moukouangui Moukala réclame des comptes. Pour lui, la surveillance ne peut plus être une option : « Il faut que les acteurs qui sont les auteurs de ces méfaits puissent répondre de leurs actes. Il y a le ministère de l’Environnement, il y a l’administration générale qui doit faire un travail minutieux pour canaliser les comportements des industriels. »
Il conclut sur une urgence absolue : celle de la preuve. « Aujourd’hui on ne peut pas dire avec certitude que c’est X ou Y qui est la cause de ce problème parce qu’après, on n’arrive pas à déterminer l’origine de cette pollution. Mais l’État peut, et doit, d’abord faire un travail pour construire le problème. Il faut vraiment une veille et une surveillance pour qu’on ne puisse pas en arriver au pire. »









