Le scénario semblait pourtant écrit d’avance. Pour Pierre-Alain Mounguengui, tout était en place pour une réélection sans accroc à la tête de la Fegafoot : un arsenal juridique taillé sur mesure pour étouffer toute alternance, une commission électorale acquise à sa cause et une mise à l’écart systématique de ses concurrents. Seul en piste, porté par une campagne médiatique intense — entre motions de soutien au JT de Gabon 1ère et colonnes complaisantes dans le quotidien L’Union — rien ne semblait pouvoir ébranler l’édifice.
Pourtant, ce lundi, le couperet est tombé. Par la voix de son ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, le gouvernement a annoncé la suspension du processus électoral, initialement prévu pour le 18 avril. Pour le clan Mounguengui, c’est la douche froide ; un véritable K.O. politique qu’ils n’avaient pas vu venir.
Un survivant aux prises avec son passé
Si le ministre a longtemps pesé le pour et le contre, craignant notamment l’ire de la FIFA, la décision marque peut-être le crépuscule de l’ère Mounguengui. Le dirigeant traîne derrière lui un bilan lourd de controverses. On se souvient de ses démêlés judiciaires pour des soupçons « non-dénonciation » dans l’ombre de scandales d’agressions sexuelles qui ont souillé le football national. Un épisode qui l’avait conduit à la prison centrale de Libreville, d’où il continuait de diriger la fédération, avant d’être libéré sous la pression insistante de Gianni Infantino.
Au-delà des tribunaux, c’est aussi sa gestion humaine qui a souvent fait défaut. Ses relations exécrables avec les cadres de la sélection, au premier rang desquels l’ex-capitaine Pierre-Emerick Aubameyang, ont régulièrement pollué l’atmosphère des Panthères. On garde en mémoire l’affaire de l’avion « low-cost » en 2018, alors que les joueurs s’apprêtaient à rallier Juba pour affronter le Soudan du Sud lors des éliminatoires de la CAN 2019, ou encore la mutinerie des joueurs lors de la CAN au Cameroun pour des primes non versées.
En politique comme en sport, la vengeance est un plat qui se mange froid. La décision de suspendre le scrutin émane de l’homme auquel Mounguengui avait barré la route lors des élections pour la présidence de la Ligue de football de l’Estuaire en 2021. À l’époque, déclaré perdant face à Serge Ahmed Mombo, Paul Ulrich Kessany avait dénoncé un processus électoral irrégulier avant de porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).
Le TAS lui avait donné raison, et Kessany avait alors prévenu : « On a perdu la bataille, mais on n’a pas perdu la guerre. Un match de football se prépare avant, pendant, et il y a un après-match ». Pourtant, au lieu de respecter la sentence du TAS, la Fegafoot avait imposé Thierry Biyoghe Ebobola à la tête d’un comité de gestion provisoire de la ligue.
Aujourd’hui, un vent nouveau souffle sur le sport-roi au Gabon. Le match pour le contrôle de la Fegafoot vient de basculer dans le temps additionnel, et pour Pierre-Alain Mounguengui, l’issue n’a jamais semblé aussi incertaine.







