Au lendemain de l’interview accordée par le président de la République à France 24, dans laquelle il affirmait à propos d’Alain-Claude Bilie-By-Nze : « Il reste un ami. C’est mon ami, on n’a pas de problème », le parti dirigé par l’ancien Premier ministre a choisi de répondre publiquement.
Sans contester directement cette déclaration, EPG souligne que les Gabonais sont confrontés à une réalité bien différente. Le mouvement rappelle que le chef de l’État a lui-même soutenu à plusieurs reprises que le coup d’État du 30 août 2023 n’était pas dirigé contre l’ancien président Ali Bongo Ondimba, mais bien contre son dernier Premier ministre.
Pour les responsables d’EPG, cette situation nourrit un paradoxe difficilement compréhensible. Comment expliquer qu’un homme présenté comme un proche du président soit devenu, selon eux, la principale cible politique du nouveau régime ?
Le communiqué insiste également sur les déclarations antérieures d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui avait affirmé dans plusieurs médias internationaux faire l’objet de pressions et de menaces liées à ses prises de position politiques. EPG estime que ces éléments renforcent l’impression d’une confrontation politique qui ne dit pas son nom. Le parti va plus loin en contestant la présentation officielle de l’affaire.
Alors que certains responsables du pouvoir ont décrit le dossier comme relevant d’une affaire privée, EPG rappelle que les faits reprochés à son président concernent l’organisation d’une manifestation culturelle portée par l’État gabonais dans le cadre de responsabilités gouvernementales exercées en 2008 : « Les Gabonais ont vu les porte-parole du pouvoir présenter son arrestation comme la conséquence d’une simple affaire privée », écrit le mouvement, avant de souligner que les faits allégués se rapportent en réalité à des actes accomplis dans le cadre de fonctions publiques.
Le ton se durcit encore lorsqu’est évoquée l’interpellation de l’ancien Premier ministre. EPG rappelle qu’il a été arrêté par la Direction générale des recherches (DGR), un service placé sous l’autorité directe du président de la République : « Les Gabonais ont vu Alain-Claude Bilie-By-Nze privé de liberté à l’issue d’une interpellation musclée menée par la Direction générale des recherches », affirme le communiqué.
Pour le parti, le contraste entre les déclarations présidentielles et la situation judiciaire de son leader est difficilement soutenable. « Les Gabonais constatent enfin qu’un homme présenté comme un “ami” demeure détenu depuis plusieurs semaines », souligne EPG, alors même que se multiplient, selon lui, « les contestations de procédure, les reports d’audience et les interrogations sur les fondements juridiques de son maintien en détention ».
Au cœur de l’argumentaire développé par le mouvement figure une idée simple : les actes publics ont davantage de poids que les déclarations médiatiques : « La nature réelle des relations personnelles entre deux hommes n’appartient qu’à eux. Mais lorsqu’elles sont invoquées publiquement pour commenter une affaire d’une telle gravité, elles doivent pouvoir être appréciées à l’aune des actes. Or, les actes publics ont souvent plus de poids que les déclarations médiatiques », soutient EPG.
Le parti pose alors une question qui dépasse le seul cas Bilie-By-Nze. « Si Alain-Claude Bilie-By-Nze est réellement un ami du président de la République, alors cette amitié n’a manifestement empêché ni sa désignation comme adversaire politique privilégié, ni sa stigmatisation publique, ni son emprisonnement, ni les atteintes dénoncées à ses droits les plus fondamentaux », affirme le communiqué.
Au-delà de la défense de son président, Ensemble pour le Gabon tente ainsi de déplacer le débat sur le terrain institutionnel. « Le débat n’est donc pas celui de l’amitié. Le débat est celui de l’État de droit. Le débat est celui de l’indépendance réelle de la justice. Le débat est celui des garanties auxquelles tout citoyen a droit, y compris lorsqu’il est le principal opposant politique du pays », insiste le mouvement.
Cette prise de position marque une nouvelle étape dans l’affrontement politique qui oppose désormais ouvertement Alain-Claude Bilie-By-Nze au pouvoir en place. En reprenant mot pour mot la formule présidentielle — « C’est mon ami » — pour la confronter aux réalités de la détention de son leader, EPG cherche à transformer une déclaration de circonstance en sujet politique majeur, celui de la crédibilité des institutions et du respect des garanties judiciaires dans le Gabon post-transition.
Pendant ce temps, comme le souligne le parti, « les Gabonais attendent toujours des réponses claires ».







