Mais derrière cette annonce, les contours du dossier révèlent une situation financière plus complexe qu’il n’y paraît. Depuis plusieurs mois, la même formule revenait en boucle dans les couloirs de la présidence et du ministère des Finances : l’accord est « proche », « imminent », « en bonne voie ». Sans jamais se concrétiser. Interrogé directement sur ce retard, Oligui Nguema a fourni une explication qui en dit long sur l’état réel des finances publiques gabonaises à son arrivée au pouvoir.
Le problème est celui de la dette. À la prise de pouvoir de la transition, le chiffre qui lui avait été présenté s’élevait à 7 500 milliards de francs CFA. Puis un autre montant est apparu, avoisinant les 8 milliards. Deux chiffres, deux sources, une incohérence que le président dit avoir refusé d’accepter. « J’ai dit au FMI, je veux un audit de ces chiffres. Je veux la réalité pour savoir ce que moi je signe. »
Une exigence de transparence qui, si elle témoigne d’une certaine rigueur, soulève en creux une question troublante : comment un État peut-il ignorer le montant exact de sa propre dette ? La réponse, non formulée dans l’interview, renvoie aux années de gestion opaque du régime Bongo, dont les conséquences financières continuent de peser sur le nouveau pouvoir.
Face à la demande d’audit formulée par Libreville, le Fonds monétaire international aurait accepté de décaler la signature du programme de quelques mois. « Le FMI m’a dit, si on va sur l’audit, il faut décaler de quelques mois pour qu’on puisse signer. J’ai dit, je vous accorde ces quelques mois », a rapporté le président, dans une formulation qui laisse entendre que c’est lui qui a accordé un délai à l’institution, et non l’inverse.
Cette présentation, pour le moins inhabituelle dans les rapports de force traditionnels entre un pays en développement et le FMI, mérite d’être nuancée. Dans les faits, c’est bien Washington qui fixe les conditions d’un programme, et non Libreville. L’audit demandé par le Gabon, aussi légitime soit-il, a vraisemblablement servi les deux parties : le FMI disposant ainsi d’une image plus fidèle de la situation réelle avant d’engager ses fonds, et le gouvernement gabonais gagnant du temps pour préparer les réformes structurelles qu’un tel programme implique inévitablement.
Sur le contenu même du futur accord, Oligui Nguema est resté laconique. Aucune mention des réformes exigées, des conditionnalités attachées au programme, ni du montant des décaissements attendus. Le président s’est contenté d’annoncer la signature « vers la fin de l’année », sans préciser s’il s’agit d’un accord de confirmation, d’une facilité élargie de crédit ou d’un programme de référence. Cette imprécision n’est pas anodine.
Un programme FMI s’accompagne généralement de mesures d’ajustement qui touchent directement la vie des populations : réduction des subventions, maîtrise de la masse salariale de la fonction publique, réforme fiscale. Des décisions politiquement sensibles dans un pays où le président est attendu sur l’amélioration concrète des conditions de vie, notamment l’accès à l’eau et à l’électricité.







