C’est à Akiéni, son chef‑lieu, que tout se joue. Après deux éditions consacrées au dialogue, les organisateurs du Forum Lékoni‑Lékori pour le Développement (F2LD) veulent changer de braquet et donner corps à des projets concrets. L’ambition tient en une date : dessiner, d’ici à 2030, un modèle de développement pensé et porté localement.
L’initiative n’est pas neuve. Depuis 2024, le Forum s’est installé comme un rendez‑vous annuel, présenté par ses promoteurs comme « une initiative citoyenne organisée en marge du Conseil Consultatif Départemental de Lékoni‑Lékori (CCDLL) et portée par les filles et les fils du département ». La formule dit l’ambition : réfléchir entre soi, pour soi, à des solutions taillées aux réalités locales plutôt qu’importées d’ailleurs.
Cette rencontre citoyenne se déroule « sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République ». Un parrainage qui vaut à l’initiative locale la reconnaissance du sommet de l’État et confirme l’attention portée au développement des territoires.
Deux éditions pour poser une méthode
Avant de parler résultats, le Forum a d’abord voulu installer une habitude, celle de se parler. La première édition avait servi à poser « les fondements d’une démarche collective autour de la concertation, de la mobilisation citoyenne et de la valorisation des potentialités locales ».
En juillet 2025, la deuxième édition s’était attaquée à un sujet plus politique, « Décentralisation et autonomisation des populations locales ». Les organisateurs y voient un tournant. Ils citent le renforcement des capacités des entrepreneurs, la mise en relation des acteurs publics et privés, le lancement d’un concours de projets innovants et un plaidoyer pour une gouvernance davantage tournée vers les territoires.
Pour 2026, le vocabulaire change de registre. Fini le temps du seul diagnostic, place à celui de l’exécution. Le comité d’organisation annonce vouloir « transformer les réflexions collectives en propositions opérationnelles et en projets structurants ». Derrière la promesse affleure la vraie question qui traverse tout le Gabon des territoires : comment fabriquer une économie locale capable de retenir sa jeunesse et de créer du travail sur place ?
Dix secteurs, un horizon 2030
C’est là que se joue le cap fixé par les organisateurs. La grande nouveauté de cette édition porte un nom un peu administratif, les Ateliers thématiques du Conseil Consultatif Départemental. Derrière l’intitulé, une ambition assumée, celle de construire « une vision partagée du développement territorial à l’horizon 2030 ».
Dix chantiers ont été retenus. Agriculture, élevage et sécurité alimentaire. Jeunesse, emploi et entrepreneuriat. Santé et action sociale. Éducation et compétences. Infrastructures, transport, énergie et services publics. Attractivité économique. Tourisme, culture et patrimoine. Gouvernance locale. Environnement et gestion des ressources naturelles. Femmes, cohésion sociale et inclusion.
Chaque atelier devra accoucher de livrables concrets, pas seulement de constats. Les organisateurs attendent un diagnostic territorial partagé, des priorités stratégiques, des projets structurants, une cartographie des partenaires, un calendrier de mise en œuvre et des indicateurs de suivi. L’ensemble doit nourrir une « Feuille de route départementale de développement », document appelé à orienter les investissements des prochaines années et à donner une colonne vertébrale aux initiatives à venir.
Vingt millions pour l’initiative locale
Le Forum entend aussi mettre en lumière ceux qui font, et pas seulement ceux qui débattent. Son « Challenge Innovation & Entrepreneuriat » met sur la table une enveloppe de 20 millions de FCFA pour financer les projets les plus solides. Les domaines ciblés dessinent une carte des envies du département : agriculture, élevage, commerce, numérique, transformation locale, tourisme, santé, restauration, mode et beauté, culture.
Le pari est clair. Un département ne se transforme pas à coups de seuls crédits publics, il se transforme aussi quand ses habitants se mettent à entreprendre. C’est le sens de l’appel lancé aux administrations, aux collectivités, aux coopératives, aux organisations de jeunesse et de femmes, aux porteurs de projets et à cette diaspora que le comité place, presque affectueusement, parmi « les filles, les fils et les amis de Lékoni‑Lékori ».
À terme, les initiateurs ne cachent pas leur objectif : faire du F2LD une « plateforme permanente de mobilisation collective », bien au‑delà d’un simple rendez‑vous estival.
Le cap est fixé, la méthode aussi. Restera l’étape la plus attendue, celle de la mise en œuvre, qui se mesurera dans les mois à venir aux routes, aux écoles et aux emplois qui verront le jour. À Akiéni, Lékoni‑Lékori fait le pari qu’un territoire peut construire son propre avenir dès lors qu’il réunit ses forces vives autour d’une vision commune. Rendez‑vous en 2030 pour en dresser le bilan.







