Invité d’honneur, il boucle ici une tournée ouest-africaine entamée à Accra, prolongée à Banjul et à Freetown. Quatre capitales, un même geste répété : renouer, se montrer, dire l’amitié. À Freetown, la démarche a produit un protocole de coopération avec la Sierra Leone. À Abidjan, le registre est différent. Rien n’a encore été signé de contraignant, et l’essentiel s’est joué ailleurs que dans les parapheurs.
Le thème retenu par les Ivoiriens cette année, les forces de défense et de sécurité, n’était pas anodin pour son hôte. Le Gabon prend part au défilé avec des officiers formés en Côte d’Ivoire. Trois ans après la transition d’août 2023, le pouvoir gabonais met en scène une armée fréquentable, insérée dans les coopérations régionales.
La veille, à Yamoussoukro, le président avait rendu hommage à Félix Houphouët-Boigny. Gerbe au caveau, recueillement dans le bureau du premier président ivoirien, mot déposé dans le livre d’or de la basilique Notre-Dame-de-la-Paix. Le pèlerinage n’a rien d’obligé. En se plaçant dans les pas d’une grande figure du panafricanisme, Oligui Nguema inscrit son mandat dans une continuité continentale qu’il revendique volontiers.
Reste la journée qui éclaire tout le voyage. Le mercredi 6 août, le chef de l’État a enchaîné les chantiers ivoiriens. La Tour F, appelée à devenir le plus haut immeuble d’Afrique subsaharienne. Le quatrième pont d’Abidjan et son péage intelligent. Une usine d’emballages financée par des capitaux locaux. Des sites de relogement pour les familles déplacées par les grands travaux. La présidence ne s’en cache pas : il s’agit de « s’inspirer des expériences africaines réussies » pour nourrir les projets structurants du Gabon. Abidjan sert de laboratoire, et Libreville regarde comment un voisin transforme l’ambition en béton.
Un arrêt, plus discret, dit la part gabonaise de ce voyage. Sur le terrain de la future résidence de l’ambassadeur du Gabon, le président a trouvé un projet ancien resté inachevé. Il a ordonné la démolition et le lancement d’un nouveau chantier. Petite scène, mais révélatrice d’une méthode que le pouvoir met en avant depuis la transition : constater l’existant, solder l’héritage, relancer.
Ce que ce périple rapporte au Gabon se mesurera plus tard. Pour l’heure, Oligui Nguema tient surtout un cap : convertir des relations bilatérales en sources d’inspiration concrète, quitte à laisser les accords formels pour un second temps. Le défilé de ce vendredi referme l’étape ivoirienne. La suite s’écrira à Libreville, à l’épreuve des projets que ce voyage aura contribué à mettre en route.







