Le camp de Gaulle n’est pas une base militaire comme les autres. Implanté au cœur de la capitale gabonaise depuis l’indépendance, il incarne à lui seul des décennies de présence française sur le sol africain, de coopération militaire, mais aussi, pour beaucoup de Gabonais, le souvenir tenace d’une relation asymétrique héritée de la colonisation. Le voir rebaptisé d’un nom gabonais, annoncé sans détour par le président lui-même, résonne bien au-delà du simple changement d’enseigne.
« Le nom général de Gaulle ne va plus exister », a déclaré Oligui Nguema, avant d’ajouter avec une franchise rare : « Ça rappelle des souvenirs de la coloniale. » Une formule brève, mais qui dit tout de l’état d’esprit dans lequel le chef de l’État aborde désormais la relation avec Paris.
Ce qui frappe dans le récit d’Oligui Nguema, c’est la manière dont il présente la séquence des événements. Ce n’est pas Libreville qui a exigé le départ des soldats français. C’est Paris qui a demandé à se retirer. « C’est la France elle-même qui a demandé de se retirer du camp de Gaulle. Nous ne les avons pas chassés comme ailleurs », a-t-il précisé, dans une allusion à peine voilée aux départs forcés de l’armée française du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Le locataire du Palais Rénovation revendique ainsi une rupture dans la continuité, une souveraineté recouvrée sans fracas ni rupture diplomatique. « Nous avons accepté cette opportunité. Nous avons dit oui. » Le camp, déjà rétrocédé à la partie gabonaise selon ses déclarations, sera transformé en centre de formation. Les effectifs français ont été réduits à une centaine d’hommes chargés de missions d’instruction, dans le cadre d’un accord signé entre les deux pays.
Le futur nom du camp n’a pas encore été rendu public. Mais le geste politique est clair. En substituant au nom du général de Gaulle celui d’un héros ou d’une figure gabonaise, Oligui Nguema inscrit cette décision dans une logique de réappropriation symbolique de l’espace national, cohérente avec sa doctrine de souveraineté économique et politique affichée depuis son arrivée au pouvoir.
Il n’est pas anodin que cette annonce intervienne à quelques semaines d’une visite d’État à Paris, prévue le 20 juillet. Oligui Nguema envoie un signal clair à son homologue français : la relation bilatérale se poursuit, mais sur de nouvelles bases, entre partenaires égaux, débarrassés des vestiges de la Françafrique.







