Réunis autour du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, ministres et responsables administratifs ont reçu une feuille de route sans ambiguïté pour l’élaboration du PLF 2027. Fini le budget-guichet, où chaque administration évaluait ses besoins, obtenait ses crédits et exécutait ses dépenses. Place, en principe, à une logique de performance.
L’objectif affiché par le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie chère : un budget « sincère, réaliste et soutenable », qui relie enfin les politiques publiques aux ressources mobilisées.
Un crédit, un objectif, un résultat
Le changement de doctrine tient en une phrase : un crédit budgétaire n’est plus une enveloppe, c’est un outil. Chaque dépense devra répondre à un besoin identifié. Et produire un impact évaluable — infrastructures livrées, services améliorés, emplois créés.
La discipline s’appliquera dès la constitution des dossiers. Hermann Immongault a prévenu les administrations : tout dossier incomplet, non justifié ou dépourvu des livrables prescrits sera retourné au département concerné avant examen. Aucune dérogation ne serait tolérée.
Autre exigence du vice-président du gouvernement : le recensement exhaustif des recettes fiscales et non fiscales générées par les agences et établissements publics sous tutelle de l’État. Ces ressources devront être présentées « pour leur montant brut », sans contraction ni utilisation extrabudgétaire. Traduction : réintégrer l’ensemble des recettes publiques dans le circuit du Trésor, pour une utilisation plus transparente des deniers de l’État.
Le PNCD, boussole unique des arbitrages
Sur les dépenses, le cap est fixé. « Le budget sera centré sur le PNCD », a affirmé Thierry Minko, le ministre de l’Économie et des Finances. Le Plan national de croissance et de développement, récemment finalisé et validé, devient le document de référence de toute l’action publique. Les administrations devront démontrer la contribution de chaque projet proposé aux objectifs économiques et sociaux du pays.
L’enjeu n’est donc pas de réduire la dépense, mais de la trier. Une sélection plus rigoureuse des programmes financés, une meilleure évaluation de leur efficacité — et l’abandon, en creux, des lignes budgétaires reconduites par habitude.
Rigueur, oui. Mais pas sur le dos des plus vulnérables
La séquence s’ouvre dans un contexte particulier : le Gabon négocie actuellement avec le Fonds monétaire international. Thierry Minko s’est voulu rassurant : il serait « hors de question » que ce programme vienne remettre en cause les acquis sociaux ou ralentir la dynamique des investissements prioritaires.
La note d’orientation transmise aux administrations pour la programmation 2027-2029 fait d’ailleurs de la préservation des filets sociaux un principe intangible. Dans la droite ligne des engagements pris par le chef de l’État lors de son discours sur l’état de la Nation du 15 juin dernier, les crédits destinés aux allocations d’urgence, à l’accès à l’eau potable et à l’électricité, ainsi qu’aux politiques de justice sociale, seraient sanctuarisés.
Reste l’équation des recettes. Les conférences consacrées aux ressources de l’État devront examiner l’élargissement de l’assiette fiscale et le renforcement des mécanismes de recouvrement — sans étouffer l’investissement privé ni la dynamique économique. Un exercice d’équilibriste.
Deux phases, dix jours, un calendrier serré
Ouvertes par Hermann Immongault, les conférences budgétaires se déroulent en deux temps.
La phase ministérielle, du 14 au 17 juillet 2026, est consacrée aux orientations stratégiques et aux arbitrages. Elle est coprésidée par Thierry Minko et Louise Pierrette Mvono, ministre de la Planification et de la Prospective.
La phase technique, du 20 au 24 juillet, doit permettre l’examen détaillé des programmes, des recettes et des dépenses avec chaque administration.
Le projet suivra ensuite le parcours constitutionnel : avis du Conseil économique, social et environnemental, de la Cour des comptes et du Conseil d’État, avant son dépôt à l’Assemblée nationale.
Les priorités du budget 2027
Le futur PLF devra financer les axes définis par les autorités : accès à l’électricité et à l’eau, entrepreneuriat et emploi des jeunes, infrastructures de transport, logement, transformation numérique. S’y ajoutent le renforcement du capital humain, la justice sociale, la diversification de l’économie, le développement durable et la consolidation de la gouvernance.
La traduction financière de ces ambitions constituera le cœur des arbitrages à venir. Toutes ne pourront pas être servies au même niveau.
Le vrai juge de paix : l’exécution
Changer de méthode est une chose. Exécuter en est une autre. Les exercices budgétaires précédents ont laissé des traces — dysfonctionnements, déséquilibres, recettes échappant au circuit du Trésor — que le gouvernement dit précisément vouloir éviter.
La qualité de la programmation, le suivi des projets financés et l’évaluation des résultats obtenus diront si la réforme est réelle ou cosmétique. Au-delà des documents budgétaires, la question qui compte est simple : les ressources mobilisées amélioreront-elles concrètement les services et les conditions de vie des populations ?
C’est sur cette capacité à transformer les crédits en résultats que sera jugé le PLF 2027.







