Les jardins de la Résidence de France avaient, ce soir-là, des airs de tribune diplomatique autant que de fan zone. La cérémonie s’est ouverte dans la plus pure tradition protocolaire : La Concorde, a d’abord retenti, suivie de La Marseillaise. Puis, un écran géant dressé pour la demi-finale de Coupe du monde opposant la France à l’Espagne, les musiciens en embuscade, et à la tribune, un ambassadeur conscient de l’impatience ambiante : « Les musiciens piaffent d’impatience et je sens parmi vous monter une sourde réprobation devant la longueur de mon propos », a-t-il glissé, sourire en coin, avant de conclure.
Devant le Vice-Président de la République, le Vice-Président du Gouvernement, le Président de la Cour constitutionnelle, membres du Gouvernement, parlementaires et corps diplomatique, Fabrice Mauriès a d’abord donné à la cérémonie une gravité particulière. Ce 14 juillet 2026 tombait « 10 ans, jour pour jour après l’horreur de l’attentat de Nice ». « La France n’oublie pas », a-t-il martelé, rappelant que la fête nationale symbolise « la lutte contre tous les absolutismes », une journée qui « commémore l’adoption de notre devise républicaine : liberté, égalité, fraternité, dont la portée ne saurait être galvaudée, encore plus aujourd’hui qu’hier, dans un monde toujours plus dangereux, imprévisible et hélas régressif ».
Une visite d’État à Paris « dans quelques jours »
C’est l’annonce la plus attendue de la soirée, et l’ambassadeur ne s’en est pas caché : « Je ne dévoilerai pas un grand secret en confirmant que dans quelques jours, Son Excellence le Président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’envolera à Paris pour y effectuer une visite d’État, le plus élevé niveau protocolaire qui soit. »
Une étape présentée comme « décisive » dans une relation « en redéfinition constante » depuis la visite officielle du chef de l’État gabonais à Paris au printemps 2024 et la visite d’État du président Macron à Libreville en novembre dernier. « Ces échanges de haut niveau qui se succèdent à un rythme soutenu, jalonnent ainsi le processus engagé en 2023 », a-t-il souligné, avant de clarifier la position de Paris : « Ce processus, la France n’en a pas été partie, car c’est aux Gabonais et à eux seuls qu’il appartient de définir les choix fondamentaux du Gabon. » Tout en revendiquant une constance : « Pour autant, la France ne s’est jamais mise en retrait ; elle reste et restera un partenaire fiable, fidèle, engagé et déterminé à aider les Gabonais à écrire ce nouvel avenir collectif ; et si on regarde dans le rétroviseur, la France aura été à certains égards la première à faire ce choix. »
Camp De Gaulle : la fin d’une « base française »
Sur le terrain militaire, pilier historique de la relation bilatérale marqué par « une profonde amitié entre frères d’armes », Fabrice Mauriès a confirmé que le processus d’adaptation « co-construit » entre les deux armées « entre dans sa phase finale ». « D’ici quelques semaines, ce partenariat aboutira à un équilibre, clarifié et stabilisé, avec un Camp De Gaulle qui n’est déjà plus une “base française” et qui, demain, sous un autre nom, achèvera sa transformation », a-t-il déclaré, saluant au passage en la Ministre d’État, Ministre de la défense nationale, « une partenaire de confiance ». Et d’annoncer que « cette intimité stratégique se traduira par plusieurs événements d’ici la fin 2026, notamment dans le domaine de la sécurité maritime ».
Autre annonce à retenir, sur le front judiciaire cette fois : « Nous avançons, avec le Ministre de la justice, dans la création d’un parquet national financier au Gabon. » La coopération en matière de justice et de sécurité intérieure couvre également, selon l’ambassadeur, « le renfort des capacités opérationnelles de la police, la gendarmerie, les sapeurs-pompiers, et l’administration pénitentiaire ; la lutte contre l’immigration illégale et contre le trafic de stupéfiants ; la surveillance des frontières ; la coopération judiciaire en matière de délinquance financière dans les deux sens ». Une précision, « dans les deux sens », qui ne manquera pas d’être relevée alors que plusieurs dossiers financiers gabono-français occupent les prétoires des deux capitales.
Économie : « le pari de l’investissement productif »
Sur le plan économique, le diplomate a inscrit la France dans le sillage du projet présidentiel gabonais : « Le rebond économique du pays est au cœur du projet de société de M. le Président de la République. Son projet qui vise à créer davantage de richesses, d’innovation, de transformation locale et donc de valeur et d’emploi sur le territoire gabonais, nous le partageons et le soutenons. » Et de préciser la philosophie du « partenariat mutuellement profitable, gagnant-gagnant, que le Président de la République gabonaise appelle de ses vœux et dont le Président Macron lui a confirmé il y a quelques mois qu’il était aussi notre vision » : « Ce pari, c’est celui sur l’investissement productif, l’association avec des opérateurs de qualité dans les différents domaines stratégiques, garantissant le fonctionnement sur le long terme des équipements et qui transfèrent compétences et expertises clés. »
De nouveaux projets « relevant de cette vision » seront annoncés « dans quelques jours à Paris », à l’occasion de la visite d’État. « La communauté d’affaires française au Gabon sera appelée à participer pleinement de ce projet », a-t-il assuré.
Culture et communauté française
Le volet culturel n’a pas été oublié, avec la réouverture de l’Institut Français du Gabon, dont la salle de spectacle porte depuis janvier le nom de Pierre-Claver Akendengué, et où l’Orchestre Massako a rendu hommage à Mackjoss en avril dernier. « Fidèle à cette vocation, l’Institut français du Gabon continue aujourd’hui d’accompagner, de soutenir et d’innover dans le domaine de la musique, bien entendu, mais aussi des arts visuels, du cinéma, de la danse et de la bande dessinée », a détaillé l’ambassadeur.
Fabrice Mauriès a également salué la communauté française du Gabon, « nombreuse — 7.500 Français inscrits — et très implantée, parfois depuis plusieurs générations ». « Elle constitue un socle de relations humaines solides, dans le cadre d’une histoire partagée qui s’écrit et se récrit au quotidien », a-t-il affirmé.
La soirée s’est achevée sur un triple vœu de l’ambassadeur : « Vive le Gabon, Vive la France, Vive l’amitié entre nos deux pays. » Avant une ultime formule de circonstance, ballon rond oblige : « Et allez les Bleus ! »







